Par un mouvement irréversible et continu, depuis la création du ministère des affaires culturelles en 1959, le paysage culturel de notre pays s'est profondément transformé. Les temps de la méfiance mutuelle, en matière culturelle, entre l'Etat et les collectivités territoriales sont révolus. La condescendance d'un Etat parisien arrogant, porteur d'une vision élitiste de la « vraie culture » et de la création, à l'égard d'élus locaux assimilés à des organisateurs de manifestations folkloriques ou, au mieux, à des représentants d'un « amateurisme » culturel, a définitivement disparu devant l'extraordinaire vitalité de la création et des activités culturelles dans les régions.
Les formidables outils de diffusion, portés par l'explosion des industries culturelles et l'omniprésence de la télévision sur l'ensemble du territoire ont très largement homogénéisé les pratiques culturelles de nos concitoyens. Le maillage serré de tout le territoire national en équipements culturels structurants et en équipements de proximité - même s'il reste évidemment encore d'importantes lacunes, qu'il faudra progressivement combler avec les rectifications et les rééquilibrages nécessaires -, la multiplication des festivals, le développement de compagnies de théâtre, de cirque, de spectacle de rue, de danse, de musiques actuelles, de musique classique témoignent que, au-delà des engouements et des effets de mode, la culture est devenue notre passion nationale, unanimement partagée, le ciment d'une unité populaire et politique.
Cela explique sans doute que notre pays se soit retrouvé, derrière le Président de la République, sans aucune dissonance, pour défendre l'exception et la diversité culturelles, en France, en Europe et dans le monde. De tels moments d'unanimité sont rares. J'ai à coeur de protéger ce climat consensuel dans les relations entre l'Etat et les collectivités territoriales. Dès que je constate un climat d'affrontement inutile, j'essaie de faire prévaloir la négociation, en organisant une table ronde.
C'est la raison pour laquelle je me suis rendu, voilà quelques jours, à Nîmes, pour demander un « cessez-le-feu culturel » ; et je me rendrai partout où la culture, notre passion commune, est menacée de devenir l'otage de nos divisions politiques. Parce qu'elle est essentielle au rayonnement de notre pays, dans la diversité de ses territoires, je crois en une exception culturelle dans notre débat démocratique et républicain : l'exception culturelle ne vaut pas que pour l'Organisation mondiale du commerce ou à l'extérieur de nos frontières. C'est cette exception qui explique le choix de Lens pour une nouvelle antenne du Louvre ; c'est un choix dont je suis fier et qui honore le gouvernement auquel j'appartiens.
Aujourd'hui, j'ai la conviction que, sur les enjeux de l'emploi culturel, chacun prenant les responsabilités qui lui incombent, nous sommes capables de nous rassembler.
Aux partenaires sociaux du secteur, la charge de conclure des conventions collectives qui reconnaissent durablement les spécificités des métiers des artistes et des techniciens et leur assurent la juste rémunération de leur travail !
A l'Etat et aux collectivités territoriales, ensemble et chacun pour ce qui relève de sa responsabilité propre, la charge d'exercer les fonctions de régulation et de contrôle que l'on attend des pouvoirs publics, d'assurer leurs missions d'employeur, de donneur d'ordre et de financeur des activités culturelles, qui concourent à la fois à l'attractivité des territoires et au renforcement des liens sociaux, tout en ayant comme premier souci le respect de l'indépendance artistique !
Aux confédérations interprofessionnelles, enfin, la charge d'assurer, dans les négociations qui auront lieu cette année, par des dispositions adaptées, un régime d'assurance chômage qui corresponde à son rôle légitime, au sein de la solidarité interprofessionnelle, tout en prenant en compte les spécificités des métiers des artistes et des techniciens !
J'ai la volonté, je l'ai dit, de maintenir, et non de supprimer, le régime de l'intermittence, qui est indispensable à l'activité de création et de diffusion artistiques et culturelles, à la condition de ne pas faire porter sur la solidarité interprofessionnelle des charges qui relèvent d'une politique salariale normale ou d'un financement public de la politique culturelle. §
Pour ce qui concerne le spectacle vivant, on ne sait pas assez que les financements publics, alors même qu'ils se sont continûment accrus, sont assurés aux deux tiers par les collectivités territoriales, le dernier tiers étant à la charge de l'Etat. Cette équation financière donne la mesure du poids qu'a désormais pris, en matière culturelle, l'intervention des collectivités territoriales.
Ce nouvel équilibre a été atteint de manière progressive, presque subrepticement, sur une longue période. Il ne résulte pas d'un choix délibéré ou d'une répartition claire des compétences et des financements qui aurait été décidé à un moment donné. Il traduit tout simplement, et nous devons nous en féliciter, la place que la culture a prise dans notre vie collective, locale et nationale, et la conscience aiguë qu'en ont les pouvoirs publics. Il nous donne aussi la mesure de la transformation des modes d'intervention et d'organisation qu'il me faut conduire et qui doivent être désormais ceux du ministère de la culture et de la communication, dans un contexte à la fois de décentralisation et de très forte déconcentration.
Sans nous payer de mots, je crois qu'il s'agit, pour paraphraser le titre du livre que Philippe Urfalino a consacré à la création du ministère des affaires culturelles, d'une nécessaire « ré-invention de la politique culturelle ». Je ne la réinventerai pas seul. Il s'agit d'une mission exaltante.
Mesdames, messieurs les sénateurs, parlementaires et représentants des collectivités territoriales, j'ai besoin de vous entendre me confirmer ce que je sais déjà par votre action et par votre présence depuis que j'ai pris mes fonctions, que vous aussi, vous souhaitez que cette réinvention de la politique culturelle soit une oeuvre et une aventure communes et que vous êtes prêts à y apporter votre concours.