Intervention de Cédric O

Réunion du 27 mai 2020 à 21h30
Innovations numériques dans la lutte contre l'épidémie de covid-19 — Débat et vote sur une déclaration du gouvernement

Cédric O :

D’autres encore mettent en doute l’utilité de l’application, en affirmant que, pour être efficace, elle devrait atteindre 60 % de la population. Ils auront mal lu l’étude menée par l’université d’Oxford et l’Imperial College, qui, la première, a modélisé l’impact d’un outil numérique de cette nature.

Dans un bassin de vie, sans autres gestes barrières, la diffusion de l’application auprès de 56 % de la population suffirait, à elle seule, à juguler l’épidémie : c’est ce qu’indiquent ces travaux. Ce qu’ils établissent aussi, c’est que, dès les premières activations, l’application sauve des vies, car elle couvre certains angles morts des enquêtes sanitaires. Ce qu’ils révèlent au surplus, c’est que son efficacité est systémique et linéaire à partir de quelques points d’activation.

D’autres, enfin, évoquent les dérives ataviques des gouvernements, leur tendance pavlovienne à détourner les nouvelles technologies pour en faire des outils de surveillance. Cette vision déterministe n’est pas la mienne. J’en suis convaincu : les nouvelles technologies ne sont ni bonnes ni mauvaises par essence. Il nous revient de bâtir les contre-pouvoirs et les institutions qui nous protègent des tentations et des dérives que peuvent subir nos sociétés.

Pour cette raison, la première garantie apportée par le Gouvernement, c’est la transparence totale de StopCovid : la publication du code en source ouverte par l’Inria permettra à tout informaticien de confirmer que cette application fait bien ce que le Gouvernement dit qu’il fait, et rien d’autre.

En outre – MM. Bas et Retailleau, je le sais, y tiennent beaucoup à cœur –, en vertu des articles 6 et 11 du projet de loi prorogeant l’état d’urgence sanitaire, que vous avez voté, le Gouvernement a créé un comité de liaison et de contrôle composé non seulement de spécialistes de la santé, des questions d’éthique et du numérique, mais aussi de parlementaires. Ce comité pourra diligenter tous les audits nécessaires sur le serveur central, afin de vérifier que celui-ci fait bien ce que le Gouvernement dit qu’il fait, et rien d’autre.

Le décret instituant ce comité de liaison et de contrôle a été signé le 15 mai. Il précise sa composition, en indiquant qu’il a vocation à évaluer, auditer et surveiller l’ensemble des outils numériques de traçage mis en place par le Gouvernement, dont StopCovid.

C’est bien simple : l’intérêt du Gouvernement et des autorités sanitaires, c’est de faire la transparence totale sur le fonctionnement de cette application, afin que chacun soit rassuré et que son adoption soit la plus large possible.

Ces garanties étant posées, ce serait mentir que d’affirmer que StopCovid échappe à la règle selon laquelle le risque zéro n’existe pas.

En ce sens, et parce qu’il touchera potentiellement des millions de Françaises et de Français, ce projet n’est pas anodin. Aussi, nous assumons le fait que StopCovid n’est pas destiné au temps de paix. Cet outil répond à une crise historique, sans laquelle il n’existerait pas et au-delà de laquelle il n’existera pas : celle du Covid-19.

L’alternative face à laquelle nous nous trouvons est donc simple : ou bien tout faire pour éviter que l’épidémie ne reprenne, pour limiter le nombre de nouvelles victimes et réduire le risque de reconfinement, notamment en déployant un tel outil, jugé nécessaire par les médecins, adapté par la CNIL, et dont – je le rappelle une nouvelle fois – l’utilisation ne sera que volontaire ; ou bien choisir, pour des raisons politiques et philosophiques qui sont légitimes, de priver les personnes volontaires d’une telle protection.

Toutefois, dans ce cas, il faut accepter le risque qui en découle ; pour le dire plus crûment, il faut assumer les contaminations, les malades et les morts supplémentaires, ainsi que le risque accru de reconfinement.

Cette dernière formulation est presque violente, mais elle n’en est pas moins vraie. C’est, ni plus ni moins, ce que nous dit la science, de manière plus statistique, mais non moins cruelle. À ce titre, je vous invite à lire les études épidémiologiques parues encore hier.

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Inscription
ou
Connexion