C'est une question sensible pour le représentant permanent que je suis, qui mêle des sujets que nous traitons dans le cadre du Coreper et des considérations politiques. Les positions ne sont pas univoques, pour la Pologne et la Hongrie comme pour le parti Frères d'Italie de Mme Meloni, qui est très atlantiste et dont on peut attendre un soutien sur l'essentiel de l'action européenne vis-à-vis de la Russie.
À terme, nous constatons une convergence. La construction européenne est fondée sur des principes de droit, d'organisation des relations internationales et de démocratie qui font sa singularité et la rendent attractive.
Cette force du modèle européen est perçue comme une menace par le régime russe, dont les actions en Crimée et dans l'est de l'Ukraine en 2014 ont suivi l'accord d'association signé par ce pays avec l'Union européenne, et non le projet d'élargissement de l'Otan. Une Ukraine indépendante qui se rapprocherait du modèle européen serait pour la Russie, dont la société présente des caractéristiques comparables à celles de la société ukrainienne, une menace très forte. La Communauté politique européenne dont nous organisons la première réunion la semaine prochaine est l'expression de ce modèle partagé, qui s'oppose au modèle impérialiste et autoritaire incarné par le régime du président Poutine.
Vis-à-vis de l'Ukraine et de la Russie, il faut agir conformément à notre conception du droit international et de la souveraineté, en défendant les idées de démocratie, de protection de l'environnement, d'organisation des libertés dans la société qui nous sont propres et s'opposent au modèle autoritaire chinois, mais sont aussi distinctes du modèle américain - nous pouvons le constater dans des dossiers comme la transformation climatique, l'agenda numérique ou la protection des frontières et des droits fondamentaux.
Cette singularité européenne ne doit pas être mise en contradiction avec nos intérêts géopolitiques, qui nous amènent à nous réarmer. Cela suppose de dépasser une période d'illusion, lorsque certains États membres ont cru que le monde serait de plus en plus stable, ouvert et démocratique, avec un marché mondialisé et une sécurité de mieux en mieux garantie. Il faut avancer à la fois dans la défense de ce que nous sommes et dans celle de nos intérêts, dans une perspective de durabilité et de souveraineté. Sans cela, nous vidons l'unité européenne de sa substance.
Permettez-moi de revenir à mes propos sur la pêche, qui ont pu sembler ambigus. Contrairement au Parlement européen, nous ne soutenons pas l'interdiction de la pêche démersale dans les eaux territoriales françaises. Nous défendons les intérêts de nos pêcheurs.