Intervention de Valérie Pécresse

Réunion du 24 juin 2009 à 14h30
Évaluation du crédit impôt recherche — Discussion d'une question orale avec débat

Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche :

Je vous sais gré, monsieur Renar, de m’avoir posé cette question, qui me permettra de dresser un premier bilan du crédit d’impôt recherche, même si – je me dois de préciser à l’intention de MM. Renar, Lagauche, Gaudin et Mme Laborde – ce n’est qu’en avril dernier que nous avons pu réaliser une première évaluation exhaustive à partir des déclarations d’impôt sur les sociétés qui ont été remises au titre de l’exercice 2008, première année de la réforme. Ces données seront inscrites dans le rapport qui sera transmis au Parlement cet automne.

Je voudrais revenir sur les objectifs du crédit d’impôt recherche, puisque MM. Renar, Etienne et Gaudin les ont évoqués.

Pour atteindre l’objectif de 3 % du produit intérieur brut consacré à la recherche, conformément à l’agenda de Lisbonne, il faut renforcer notre recherche privée. Il ressort de la plupart des enquêtes européennes menées sur les outils d’incitation au développement de la recherche privée que, parmi tous les outils, l’outil fiscal, et singulièrement le crédit d’impôt recherche, est le plus efficace. Par exemple, il est bien plus efficace que les subventions.

C’est aussi une arme anticrise dans la mesure où il incite les entreprises à investir pour préparer la sortie de crise.

La réforme engagée en 2008 répond à quatre objectifs.

Premièrement, stimuler l’effort d’innovation de nos entreprises. C’est par la recherche et l’innovation que celles-ci sortiront de la crise par le haut et que nous gagnerons la bataille mondiale de l’intelligence.

Deuxièmement, encourager le maintien sur le sol français des centres de recherche qui y sont aujourd’hui implantés. En effet, les risques de délocalisations, avec leurs conséquences désastreuses pour l’emploi, ne doivent pas être sous-estimés. Nombreuses sont les entreprises dans tous les secteurs d’activités, notamment les activités industrielles – le secteur automobile, les télécoms, l’aéronautique, la chimie, l’armement – qui ont exprimé leur soutien à ce dispositif.

Troisièmement, faire venir sur notre territoire les activités de recherche et développement actuellement conduites à l’étranger. Faire venir les centres de recherche, c’est aussi faire venir des centres de décision, et donc des emplois qualifiés qui dopent le développement économique.

Quatrièmement, développer des liens entre les recherches privée et publique. Nous avons un potentiel de recherche extraordinaire dans nos laboratoires publics, mais ceux-ci ne sont pas encore suffisamment connus des entreprises, qui n’en profitent pas assez.

Le crédit d’impôt recherche est donc un dispositif en faveur non seulement de la recherche privée, mais aussi de la recherche partenariale, du développement économique et de l’emploi.

Mesdames, messieurs les sénateurs, vous m’avez tous interrogée sur l’évaluation quantitative du crédit d’impôt recherche.

Les premières évaluations quantitatives ne pourront véritablement être réalisées qu’à partir de 2010.

Cependant, je peux d’ores et déjà vous indiquer que les entreprises utilisent de plus en plus le crédit d’impôt recherche. Depuis quatre ans, le nombre d’entreprises concernées a augmenté de 61 %. La créance fiscale moyenne, quant à elle, a augmenté de 62 % au cours de la même période, soit 252 000 euros par entreprise en 2008.

C’est donc que le crédit d’impôt recherche est bon pour nos entreprises. À l’heure où celles-ci souffrent de la crise économique, nous ne pouvons que continuer à les accompagner.

Aujourd’hui, le crédit d’impôt recherche représente un investissement pour l’État de l’ordre de 4 milliards d’euros par an en créances fiscales. Cela se traduit par une dépense fiscale de 1, 4 milliard d’euros en 2008, laquelle sera de 5, 8 milliards d’euros en 2009, dont 3, 8 milliards d’euros au titre du plan de relance, sous la forme d’un remboursement anticipé pour les entreprises qui ne réaliseraient pas de bénéfices en 2009, et de 1, 5 milliard d’euros en 2010.

Mon ministère a mené une enquête qualitative en 2008 auprès d’un échantillon représentatif de 700 entreprises qui cumulent 3, 3 milliards d’euros de dépenses de recherche en 2007.

Il en ressort quatre enseignements principaux.

Le premier, c’est que le frein principal à l’effort de recherche et développement des entreprises tient au manque de moyens financiers.

Il est clair que le crédit d’impôt recherche lève ce frein puisqu’il s’agit d’une réduction d’impôts, à hauteur de 30 %, des dépenses de recherche, avec un plafond élevé, fixé à 100 millions d’euros.

Le deuxième enseignement, c’est que la réforme est bien connue : près de 90 % des entreprises ayant répondu à l’enquête disent en avoir connaissance.

Elles sont 9 400 à avoir demandé à en bénéficier en 2008 au titre de 2007, soit une augmentation de 61 % en quatre ans.

Le troisième enseignement, c’est que le crédit d’impôt recherche est incitatif. Deux chiffres le montrent.

En premier lieu, près de 60 % des entreprises déclarent que le crédit d’impôt recherche les incite à augmenter leurs dépenses de recherche.

Monsieur Renar, les petites entreprises, de moins de 250 salariés, ont davantage déclaré être incitées à augmenter leurs dépenses de recherche et développement que les grosses entreprises. C’est aussi auprès des plus petites entreprises que le crédit d’impôt recherche a l’impact le plus fort pour engager des projets de recherche à plus long terme. En outre, 83 % des entreprises qui n’utilisaient pas le crédit d’impôt recherche disent aujourd’hui qu’elles ont intérêt à y recourir.

En second lieu, 41% des entreprises de plus de 500 salariés considèrent le crédit d’impôt recherche comme un avantage déterminant pour l’attractivité du territoire pour les activités de recherche et développement.

Récemment, Thalès, Saint-Gobain, mais aussi IBM, Microsoft, Intel et Yahoo ! ont annoncé l’ouverture de nouveaux laboratoires en France, en particulier pour y bénéficier du nouveau crédit d’impôt recherche. Certes, Microsoft justifie sa décision par les avantages structurels dont elle pourra bénéficier en France, mais ces avantages existaient l’année dernière et c’est seulement cette année que Microsoft a décidé de s’implanter dans notre pays. On peut donc penser que le coup de pouce du crédit d’impôt recherche a fait basculer la décision de l’entreprise.

Le quatrième enseignement, c’est que l’incitation à la recherche partenariale n’est pas encore suffisamment connue. Le doublement du crédit d’impôt recherche, en cas de recherche sous-traitée à un laboratoire public n’est incitatif que pour plus d’une entreprise sur trois. Ce sont surtout les grandes entreprises qui se sentent concernées. Cette mesure n’est pour l’instant pas assez connue des milieux économiques, notamment des petites et moyennes entreprises.

Enfin, le dispositif visant à faciliter le recrutement de jeunes chercheurs – leur salaire compte double pendant deux ans dans l’assiette du crédit d’impôt recherche – est incitatif pour 30 % des entreprises, en particulier pour les plus petites, celles qui comptent moins de 250 salariés et qui, jusqu’à présent, n’osaient pas recruter de docteurs.

Les études d’opinion montrent que le dispositif français est plus favorable et plus incitatif que ceux de nos voisins européens. De nombreux pays comme l’Allemagne, mais aussi les États-Unis, veulent aujourd’hui s’en inspirer.

Dans la continuité de l’enquête de 2008, pour dégager les perspectives du crédit d’impôt recherche, une nouvelle étude sera menée en 2009. Elle sera axée sur trois thèmes : l’attractivité de la France pour les centres de recherche et développement des entreprises, l’articulation du crédit d’impôt recherche avec les autres dispositifs d’aide à l’innovation, les conséquences de la crise économique sur l’effort de recherche et développement des entreprises.

Cette étude sera réalisée en relation étroite avec l’Agence française des investissements internationaux. Elle sera suivie par le comité de pilotage que j’ai mis en place et qui est composé d’experts de l’administration et de représentants des entreprises.

Les résultats de ces différentes enquêtes seront bien évidemment présentés dans le rapport annuel que mon ministère présentera au Parlement à l’automne, comme chaque année.

Je veux évaluer le crédit d’impôt recherche, parce que l’évaluation doit être la règle pour les politiques publiques. C’est pour cela que mon ministère mène des enquêtes régulières et qu’un rapport annuel sur le crédit d’impôt recherche doit être présenté chaque année au Parlement.

En revanche, évaluer la qualité de la recherche privée ne me semble pas opportun. En effet, l’objectif premier de la recherche privée n’est pas seulement de faire avancer le front de la connaissance, c’est aussi et surtout de créer de nouvelles technologies et de nouveaux services pour créer plus de valeur et plus d’emplois.

Les entreprises me semblent donc les mieux à même d’évaluer l’intérêt de leur recherche pour leur développement, et je sais qu’elles le font.

Vous m’avez demandé si le nouveau crédit d’impôt recherche était vraiment plus simple. La réponse est positive : oui, le nouveau crédit d’impôt recherche est plus simple.

Seules les dépenses de l’année en cours sont considérées pour calculer le crédit d’impôt recherche. C’est un calcul sur le volume de l’année et non plus sur l’accroissement des dépenses de recherche qui était particulièrement complexe à mettre en œuvre.

Le taux sur la part en volume est passé de 10 % à 30 %, soit un triplement. Avec cette nouvelle réforme, nous proposons donc aux acteurs de la recherche et développement un argument simple et clair qu’ils peuvent expliquer aux dirigeants des entreprises : le crédit d’impôt recherche n’est plus un dispositif d’optimisation fiscale pour les seuls spécialistes, c’est un argument de promotion de la recherche, au sein même des entreprises.

Avec le triplement du crédit d’impôt recherche, très peu d’entreprises risquent d’être défavorisées.

Monsieur Renar, 80 % des entreprises bénéficiaires du crédit d’impôt recherche sont des PME. Alors qu’elles engagent 19 % des dépenses nationales de recherche et développement, elles récupèrent 35 % du crédit d’impôt recherche, soit presque le double. Le crédit d’impôt recherche moyen par entreprise a ainsi été multiplié par 2, 4 pour les PME. Avec la réforme, ce sont en fait plus de 450 millions d’euros supplémentaires de crédit d’impôt recherche qui bénéficieront aux PME.

Les PME sont donc gagnantes avec cette réforme, comme toutes les entreprises installées en France : le montant moyen du crédit d’impôt recherche par entreprise augmente pour toutes les catégories.

Pour les entreprises de taille intermédiaire – entre 250 et 2 000 personnes –, qui jouent un rôle essentiel dans le développement économique du pays, l’augmentation moyenne est supérieure à quatre.

J’en viens aux incidences du crédit d’impôt recherche sur le plan de relance.

Le crédit d’impôt recherche vient en déduction de l’impôt dû par l’entreprise au titre de l’année en cours. Toutefois, si le crédit d’impôt est supérieur à l’impôt ou si l’entreprise est déficitaire, le reliquat est imputé sur l’impôt à payer les trois années suivantes et, s’il y a lieu, restitué à l’expiration de cette période.

Pour aider les entreprises les plus fragiles, il est prévu que les entreprises de moins de quatre ans, les jeunes entreprises innovantes et les PME de croissance, que l’on appelle les gazelles, pourront se faire rembourser cette différence immédiatement.

Pour l’année 2009, dans le cadre du plan de relance, cette disposition est étendue à toutes les entreprises pour le crédit d’impôt dû au titre de 2005, 2006, 2007 et 2008. Cette mesure exceptionnelle, qui représente un effort de l’État de 3, 8 milliards d’euros, s’inscrit dans le cadre des mesures pour améliorer la trésorerie de nos entreprises.

Ce sont les plus petites et les plus innovantes, et donc souvent les plus fragiles mais aussi les plus prometteuses en termes d’emplois, qui sont les premières bénéficiaires de cette aide en 2009.

Le crédit d’impôt recherche est désormais la mesure phare du Gouvernement en matière de soutien à l’innovation, mais de nombreuses entreprises ont accès à d’autres aides.

Les plus petites entreprises, de moins de 20 salariés, bénéficient souvent de plusieurs aides : crédit d’impôt recherche, dispositif OSEO, soutien aux jeunes entreprises innovantes, aides locales. Parmi les jeunes entreprises innovantes interrogées, 88 % bénéficient du crédit d’impôt recherche et 49 % des aides d’OSEO.

Il n’y a donc pas d’opposition entre les aides fiscales, telles que le crédit d’impôt recherche, et les aides budgétaires telles celles d’OSEO. Mais les entreprises les plus grandes, qui comptent plus de 500 salariés, privilégient le crédit d’impôt recherche.

Le crédit d’impôt recherche a vocation à remplacer les aides directes aux entreprises, car il est plus efficace, en particulier pour les très grosses entreprises.

Pour doper la création d’entreprises sur les campus universitaires, nous avons donné, dès le début de cette année, le statut de jeune entreprise universitaire à toute entreprise créée par un jeune diplômé depuis moins de cinq ans ou par un chercheur qui valorise le résultat de ses recherches.

Ce statut donne les mêmes avantages que celui de jeunes entreprises innovantes, c’est-à-dire celles qui ont moins de huit ans et qui consacrent plus de 15 % de leur chiffre d’affaires à la recherche, à savoir : exonération des cotisations sociales patronales pour les professionnels de la recherche ; exonération totale des impôts sur les bénéfices pendant trois ans, suivie d’une exonération partielle de 50 % pendant deux ans ; exonération totale d’imposition forfaitaire annuelle. Ce statut peut se cumuler avec le crédit d’impôt recherche.

Monsieur Renar, le crédit d’impôt recherche s’inscrit dans une politique plus large de développement de la recherche partenariale et de promotion du doctorat : soutien des entreprises qui embauchent des doctorants pendant toute la durée de leur thèse – il s’agit des conventions industrielles de formation par la recherche, CIFRE, pour lesquelles j’ai relevé le salaire minimum de 16 % en septembre 2007 ; dispositif des doctorants-conseil grâce auquel des doctorants recrutés par leur université peuvent assurer des missions de conseil dans les entreprises, notamment dans les PME – 85 missions ont déjà été effectuées lors de l’exercice 2007-2008 ; « rendez-vous de l’emploi », organisés par mon ministère, où jeunes docteurs et doctorants rencontrent des entreprises au cours d’entretiens de prérecrutement ; soutien de l’Association Bernard Grégory, ABG, qui favorise la rencontre entre jeunes docteurs et entreprises ; soutien de l’initiative du MEDEF et de l’ABG qui consiste à organiser un tour de France autour du thème « pourquoi se priver des docteurs » ; enfin, bien sûr, incitation au recrutement de jeunes docteurs par le doublement de leur prise en compte dans l’assiette du crédit d’impôt recherche.

Par ailleurs, comme l’a annoncé le Président de la République à Aix, le 7 avril 2009, nous réfléchissons à une simplification administrative importante pour les missions de conseil que les chercheurs et enseignants-chercheurs publics peuvent proposer aux entreprises, à l’image du chèque emploi service universel pour les services à la personne.

Enfin, je souhaite que la proposition de volontariat pour la recherche en entreprise, de l’association Croissance Plus, sur le modèle du volontariat international en entreprise, puisse être étudiée de près.

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Inscription
ou
Connexion