Intervention de Paul Natali

Réunion du 15 décembre 2004 à 15h00
Devenir de la société nationale corse méditerranée — Discussion d'une question orale avec débat

Photo de Paul NataliPaul Natali :

Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, un débat s'est ouvert aujourd'hui dans notre hémicycle sur la Société nationale Corse-Méditerranée.

C'est un vaste sujet, dont les enjeux sont en effet, comme l'a souligné notre collègue Robert Bret, aussi importants pour les deux régions, la région PACA et la région Corse. Au demeurant, que M. Bret veuille bien me pardonner mais, si nos inquiétudes se rejoignent, tout comme notre souhait d'assurer la pérennité de la SNCM, notre diagnostic sur la situation de cette compagnie nationale et surtout les solutions que nous entendons proposer sont - il n'en sera d'ailleurs pas étonné - sensiblement différents.

Je n'ai nullement l'intention de vous abreuver de chiffres, mes chers collègues, et moins encore de retracer en détail l'histoire de la SNCM ; j'irai à l'essentiel en me contentant d'aborder quelques points qui me semblent nécessaires pour éclairer notre débat.

Notre collègue Robert Bret a concentré son intervention sur la dernière grève qui a secoué la SNCM à la fin de l'été, entraînant, il est vrai, de graves perturbations et de nouvelles pertes financières dont la compagnie n'avait vraiment pas besoin. Toutefois, il me semble important de rappeler que cette action, qui a été, en effet, menée cette fois-là par le syndicat minoritaire STC, vient s'ajouter à une longue liste de mouvements de grève incessants, et le plus souvent inattendus, qui ont été engagés tout au long de ces dernières années, sur l'initiative de la CGT notamment.

L'accumulation de ces mouvements syndicaux a été extrêmement préjudiciable au fonctionnement commercial et à l'image de la compagnie, voire à l'image de la Corse tout entière. Il suffit d'aller sur n'importe quel site touristique sur Internet pour constater que les agences de voyage et les organismes touristiques qui présentent la Corse précisent dans la catégorie « inconvénients » la fréquence des grèves de la SNCM.

Dès lors, comment ne pas comprendre la lassitude des usagers, qui portent désormais de plus en plus leur choix sur la concurrence, dont il est aisé d'apprécier la fiabilité commerciale et la tarification compétitive ? La SNCM ne cesse de perdre des parts de marché au profit de Corsica Ferries. Et qui pourrait en blâmer les usagers !

Le deuxième point sur lequel je souhaite insister concerne les options qui ont été prises ces dernières années par la SNCM en matière d'investissements.

Le choix des navires rapides de petite capacité - quatre fois moins grand que le Napoléon Bonaparte, le plus gros des NGV - utilisables sur de courtes périodes parce que sensibles à l'état de la mer, gourmands en carburant, coûteux en entretien et très fragiles, a été à l'évidence un mauvais choix de gestion.

En outre, les problèmes d'adaptation de la flotte à la réalité du trafic commercial et à son évolution semblent n'avoir pas toujours été bien perçus par la SNCM. Il en est ainsi de l'achat du Napoléon Bonaparte, luxueux bateau qui est plus proche d'un navire de croisière que d'un ferry et qui a coûté la bagatelle de 1, 1 milliard de francs.

Si vous m'autorisez une audacieuse comparaison, je dirai, pour résumer ces divers choix en matière d'investissement, que la SNCM s'est offert non pas une danseuse, mais un corps de ballet !

Enfin, même si cela peut sembler une évidence, quoique certains aient tendance à l'occulter, nous sommes soumis, je tiens à le rappeler, à une réglementation européenne qui ne nous autorise pas toute marge de manoeuvre pour sauver la SNCM.

Ainsi, le plan de sauvetage, accepté par la Commission européenne malgré ses doutes évidents, ne pourra être reproduit à l'infini, au regard du droit européen de la concurrence. Or, malgré les dizaines de millions d'euros injectés par l'Etat, la situation financière de la SNCM est de nouveau - c'est un euphémisme - extrêmement précaire.

Dès lors, que faire pour consolider l'avenir de la SNCM, auquel, j'en suis certain, chacun d'entre nous est attaché ? Il ne saurait être question d'abandonner cette compagnie nationale, dont l'enjeu est non pas seulement économique, mais également social, voire symbolique, car les Corses vivraient comme une trahison de la mère patrie le renoncement de l'Etat à assurer ce qu'ils considèrent, à juste titre, comme un service public de continuité territoriale.

Notre pays, dont la tradition étatique depuis Colbert est très différente de celle de nos voisins européens, doit se plier désormais à des règles de concurrence auxquelles il n'était pas habitué. Pour autant, la France a su s'adapter de manière remarquable à ce nouveau contexte, et l'évolution de nos services publics peut nous donner beaucoup d'espoir.

A cet égard, je prendrai l'exemple d'Air France. Voilà quelques années, lors de la libéralisation des transports aériens, des discussions bien pessimistes s'étaient déroulées sur l'avenir de notre compagnie nationale et, à l'époque, peu de gens auraient parié sur la survie d'Air France.

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