Intervention de Jean-Pierre Chevènement

Réunion du 7 septembre 2010 à 16h00
Orientation et programmation pour la performance de la sécurité intérieure — Discussion générale

Photo de Jean-Pierre ChevènementJean-Pierre Chevènement :

Votre politique, monsieur le ministre, nourrit la violence plutôt qu’elle ne la calme, car l’excitation – nous le savons bien dans les assemblées – est communicative. Selon mes chiffres, vous avez plus que doublé le nombre des gardes à vue depuis l’an 2000, alors que vous n’avancez qu’un modeste plus 51 % dans votre rapport. Ne pensez-vous pas qu’une politique plus ciblée, comme le dira M. Mézard tout à l’heure, serait aussi plus efficace ?

Vous brandissez l’arme de la déchéance de la nationalité, comme si M. Sarkozy ne s’était pas targué d’abolir, en 2002, ce que l’on appelait – improprement, d’ailleurs – la « double peine », c’est-à-dire la peine complémentaire consistant à reconduire à la frontière les délinquants ayant commis des actes particulièrement graves.

La gauche avait maintenu cette peine complémentaire, je le rappelle. Mais vous, vous allez beaucoup plus loin, jusqu’à la déchéance de la nationalité, prévue pour des gens que, par ailleurs, vous recevez dans les préfectures pour des cérémonies où ils sont intronisés dans la communauté nationale. Où est la logique ? On ne peut pas faire et défaire, valoriser et dévaloriser.

Votre logique, monsieur le ministre, est tout électoraliste : vous exploitez un filon !

Peut-être mon propos aura-t-il l’heur de vous plaire si je vous compare à Napoléon, qui choisissait toujours son terrain : le plateau de Pratzen, à Austerlitz ; les marécages dans lesquels on écraserait les Russes et les Autrichiens... Vous voudriez faire de même avec la gauche : vous pensez qu’en l’entraînant sur un terrain fangeux, là où les idées ne sont pas toujours claires, vous allez pouvoir mettre de votre côté les « bons citoyens », auxquels vous faites régulièrement appel.

Je pense qu’il n’est pas bon de tout mélanger. La fermeté est nécessaire, mais vous devez ne pas distinguer entre les Français selon leur origine, et ne pas transformer les juges en robots en étendant constamment, et sans efficacité, le champ des peines planchers. De même, vous devez reconnaître aux étrangers les droits qui sont les leurs, sans faire d’une communauté entière le bouc émissaire pour des faits délictueux que nous voulons réprimer autant que vous, mais de manière plus ciblée.

En mélangeant tout, vous cherchez à exploiter à la fois la peur et la bêtise.

Je ne pense pas que vous pourrez arriver à vos fins en spéculant sur l’angélisme d’une partie de la gauche. Même si c’était le cas, je ne vous en féliciterais pas pour autant ! J’observe, en revanche, que le doute s’insinue dans les rangs de votre majorité. M. Juppé, dans l’édition du Figaro d’hier, s’interrogeait : « Est-ce qu’il faut surmédiatiser le problème de l’insécurité et donner le sentiment qu’on s’en sert pour repiper des voix sur l’extrême droite ? Je n’en suis pas sûr ! ».

Écoutez plutôt le conseil qu’il vous donne : « Chaque matin, on nous annonce une nouvelle loi sécuritaire. Appliquons d’abord celles qui existent. » On ne saurait mieux dire…

M. Yvon Collin défendra tout à l’heure une motion de renvoi en commission, afin de vous donner le temps de réfléchir et de revenir à une politique de sécurité sans démagogie.

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