Intervention de Hervé Gaymard

Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées — Réunion du 28 juin 2006 : 1ère réunion
Affaires étrangères — Pays émergents - Audition de M. Hervé Gaymard chargé par le gouvernement d'une mission sur le renforcement des relations de la france avec les pays émergents

Hervé Gaymard :

a précisé que son rapport définitif serait présenté à l'automne prochain, mais qu'il avait souhaité, à mi-parcours de son travail, profiter de l'expérience des élus et associer en amont le Parlement à sa réflexion. Le but de sa mission est de faire des propositions afin de renforcer l'influence de notre pays dans les pays émergents. Abordant la notion de pays émergents, il a rappelé que ce concept, apparu il y a une quinzaine d'années, ne visait initialement que les marchés financiers (emerging markets), notion qui s'est ensuite étendue aux pays eux-mêmes, dont l'importance dans l'économie allait croissant et dont la montée en puissance caractérisait l'évolution actuelle des relations internationales. Ce sont également des pays où la France doit être plus active et mieux implantée, alors même qu'ils n'appartiennent pas à nos zones d'action naturelles, à savoir l'Europe, le Bassin méditerranéen ou l'Afrique.

a précisé que quatre sujets principaux avaient été identifiés, qui pouvaient constituer des bases d'action concrètes pour les pouvoirs publics.

Le premier sujet concerne la gouvernance : notre diplomatie a-t-elle conscience de la priorité à accorder à ces pays ? Il importe en effet de hiérarchiser nos objectifs et de ne pas « émietter » notre action extérieure entre ministères et acteurs économiques, diplomatiques ou de défense. A cet égard, la création d'un Conseil de l'action extérieure permettrait de définir une vraie cohérence sur la base d'objectifs hiérarchisés.

La seconde ligne d'action est la coopération culturelle, scientifique et technique, ainsi que la nécessité de renforcer l'attractivité de la France et de son système universitaire pour les étudiants étrangers. Si notre système de coopération scientifique apparaît satisfaisant, nous devons, en revanche, consentir à un effort considérable vis-à-vis des étudiants étrangers. M. Hervé Gaymard a indiqué qu'au-delà des seules bourses d'études, il était nécessaire d'être en mesure d'attirer la clientèle solvable des pays émergents, à l'instar de ce que fait l'Australie depuis quelques années. La France doit mener une politique volontariste, à l'exemple de l'Allemagne, où l'on dénombre trois fois plus d'étudiants indiens que dans notre pays. La France a déjà mis en place des structures efficaces (Edufrance, Paritech), mais de nombreux progrès restent à faire notamment en matière d'hébergement, d'accueil, de tutorat... A ces problèmes se greffent la politique des visas, mais aussi le choix d'un enseignement éventuellement dispensé en langue anglaise. Cette dernière solution ne doit pas être systématiquement écartée, à la condition que les étudiants optant pour un enseignement en anglais acquièrent la connaissance du français pendant leurs études en France.

La troisième ligne d'action concerne le commerce extérieur. Certes, il existe de nombreuses grandes entreprises françaises de niveau mondial, mais les petites et moyennes entreprises françaises ne sont pas assez présentes au niveau international et souffrent d'une insuffisante spécialisation géographique (trop dirigée sur la zone euro et insuffisamment en Asie et en Amérique latine). Elles doivent y être encouragées par des mesures de politique économique et fiscale adaptées.

Le dernier axe de réflexion concerne l'action présente et future de notre pays dans les enceintes multilatérales : réforme des institutions des Nations unies, négociations de l'OMC. Sur ce point, il importe de réfléchir d'ores et déjà à l'après-Doha en s'efforçant de poser les bonnes questions pour donner les bonnes réponses dans l'économie globalisée, et ne pas s'enferrer sur les procédures propres à l'OMC. A cet égard, le terrain doit être préparé en amont, et en partenariat avec des pays comme l'Inde, le Brésil ou l'Afrique du Sud, qui seront une des clefs de ces négociations.

a enfin indiqué qu'il avait récemment remis au Premier ministre, ainsi qu'aux ministres commanditaires de la mission, un rapport d'étape relatif à l'extension des compétences et du champ d'intervention de l'Agence française de développement aux pays émergents. Les conclusions de ce rapport ont été approuvées lors du dernier comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID), tenu le 19 juin 2006. Il a rappelé que la compétence géographique de l'Agence française de développement (AFD) concernait traditionnellement l'Afrique, mais que certaines extensions avaient été autorisées, notamment au Vietnam, mais aussi en Indonésie après le tsunami, ou encore au Pakistan, après le tremblement de terre. Il a souligné que les agences de développement japonaises, allemandes ou britanniques intervenaient dans les pays émergents, souvent de longue date. Cette question de l'intervention de l'Agence dans des pays comme l'Inde ou le Brésil avait été posée lors d'un précédent CICID, en 2005, mais la décision avait été reportée, devant la nécessité d'expertiser plus avant cette question. Cette expertise faisait l'objet de la première partie de sa mission. Il avait été conclu à la nécessité, pour l'AFD, d'opérer désormais dans un certain nombre de pays émergents, mais sur un mode évidemment très différent de ce qu'elle fait actuellement en Afrique. Il ne s'agit pas de financer des programmes d'aide au développement ou de réduction de la pauvreté dans des pays qui peuvent largement le faire, s'ils le souhaitent. Il faudra donc que l'AFD crée un nouveau produit pour opérer dans ces pays sur des thèmes majeurs liés à la gestion des biens publics mondiaux comme l'efficience énergétique, l'environnement, ou encore la gouvernance urbaine (gestion des transports dans les mégalopoles, etc...). L'action de l'AFD doit être spécifique à chacun de ces pays, selon une approche graduelle et pragmatique.

Un débat a suivi l'exposé de M. Hervé Gaymard.

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