Au risque de vous choquer, je pense que cette délégation devrait tout faire pour être originale. Nombreux sont les organismes et les institutions qui ont travaillé sur l'outre-mer. Il importerait de dresser l'inventaire de ce qui est ressorti de ces travaux et de jeter, de là, un regard nouveau. Car à ne pas changer le point de vue - au sens propre - nous prendrions le risque de ne produire que quelques rapports de plus, à classer aux archives.
Nous sommes à la veille d'évolutions institutionnelles : profitons de la réflexion encore vivace des populations pour casser le regard traditionnellement porté sur l'outre-mer. Ce nouveau regard doit pouvoir trouver sa portée dans la notion, revisitée, de continuité territoriale, qui ne doit pas se résumer à la question de la distance géographique, mais englober bien d'autres thématiques, qui ont ici été évoquées : fonction publique, économie, formation des prix. C'est ainsi que nous donnerons sens à cette notion.
Autre thématique à mon sens incontournable : l'Europe. Je l'illustrerai d'un exemple. Pour avoir été responsable, dans mon conseil général, puis au conseil régional, de l'activité pêche, je me suis souvent rendu à Bruxelles. Qu'y ai-je constaté ? Que chaque fois que l'on y parle de la pêche, l'outre-mer compte pour rien (Charles Revet le confirme). Face à la perte de ressource, l'Europe réagit en supprimant ses subventions à l'armement de nouveaux bateaux. Mais c'est nous interdire, du même coup, alors que nous avons des fonds au conseil régional, d'aider nos marins pêcheurs à s'installer. C'est ignorer la différence entre les gros navires de pêche et leurs petites embarcations, qui sont autant de micro-entreprises. Il manque, sur ces questions, un vrai regard : nous sommes toujours fondus dans le collectif.
Il faut donc, dans notre travail ici, repartir de zéro. Je suis heureux d'être membre d'une délégation qui reflète la composition de la nation. Nous apprendrons du regard hexagonal dont nous voulons aussi qu'il considère notre point de vue. Si nous parvenons à croiser les regards, nous ferons des merveilles.