Intervention de Jean-Jacques Mirassou

Réunion du 15 octobre 2013 à 21h30
Débat sur la pertinence du dispositif légal encadrant l'industrie du tourisme en france

Photo de Jean-Jacques MirassouJean-Jacques Mirassou :

Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, je suis heureux de saisir l'opportunité de ce débat sur le tourisme et sur l’impératif, évoqué avant moi, pour la France de reconquérir son leadership pour aborder les enjeux sociaux et économiques lourds qui caractérisent ce secteur, quitte à m'éloigner un peu des termes du rapport. À mon tour, je tiens à saluer le travail des rapporteurs : ils ont traité avec précision le sujet proposé par les deux commissions et se sont attachés à évaluer à la fois l'application et les effets de la loi de 2009.

Nous éprouvons une légitime fierté devant le statut particulier de notre pays dans l’industrie touristique mondiale. Cette place privilégiée est confirmée par les chiffres : le tourisme représente 7 % du PIB et génère plus de 40 milliards d’euros de recettes, classant la France en troisième position derrière l’Espagne et les États-Unis. Notre pays demeure toutefois – faut-il le rappeler ? – la première destination touristique mondiale.

À bien des égards, c’est sur un héritage culturel, historique et géographique que ce secteur d’activité prospère aujourd’hui. C’est aussi le mode de vie – le savoir-vivre « à la française » – qui explique ce succès malgré un certain nombre de difficultés dont on se doit de parler.

Considérer le tourisme comme une simple activité de transit d’un lieu à un autre générant au passage de la consommation serait considérablement réducteur. Évidemment, d’autres motivations doivent animer nos politiques publiques, notamment lorsqu’elles ont pour ambition de réduire la fracture touristique en développant le tourisme social. Les inégalités en matière de départs en vacances sont en effet, malheureusement, une réalité prégnante dans notre pays. Dernièrement, cela a été souligné, 46 % des Français – presque un Français sur deux – ont dû renoncer à partir en vacances ; bien sûr, les ménages les plus pauvres partent deux fois moins que ceux qui sont à peine plus aisés.

Cette approche est parfaitement indissociable de l'ambition, exprimée par le Président de la République, de faire du tourisme une véritable cause nationale. Parmi les moins bien lotis se trouvent aussi les jeunes : 3 millions d’entre eux sont exclus du départ en vacances. Ce constat se fait au mépris du célèbre adage selon lequel les voyages forment la jeunesse : la sédentarité ne saurait permettre de changer d’horizon, de penser différemment ou de renouveler sa vision de l'autre, qui sont autant de conditions nécessaires à l'épanouissement de notre jeunesse.

De ce constat se dégage une priorité qui est aussi la vôtre, madame la ministre, et je salue l’action que vous avez engagée pour mettre un terme à une situation qui ne peut que contribuer à alimenter, à juste titre, le sentiment d’injustice d'un trop grand nombre de nos concitoyens. L’enjeu social, que j’ai évoqué au début de mon intervention, est donc bien présent dans ce débat, et ce n’est pas le moindre.

Je pense ainsi à la mission « vacances pour tous », lancée au mois de novembre 2012, qui a permis de réaliser une vaste enquête destinée à identifier les publics rencontrant des difficultés pour partir en vacances et, ainsi, de dresser un état des lieux des dispositifs portant sur les aides à la personne et sur le soutien aux structures d’accueil. Une meilleure prise en compte des besoins des Français permettra sans doute aux acteurs économiques et associatifs d’offrir une offre plus adaptée.

Je pense également au lancement du label « destination pour tous », conçu pour valoriser les territoires qui favorisent l’accès des personnes handicapées au tourisme. À juste titre, le rapport aborde la problématique de la mise aux normes des infrastructures pour permettre la meilleure accessibilité possible aux lieux de tourisme. On l'a dit, cela demandera du temps. Quoi qu'il en soit, le label que vous proposez, madame la ministre, est une initiative intéressante pour amplifier le mouvement de mise aux normes engagé à la suite de l’adoption de la loi de développement et de modernisation des services touristiques.

Bien sûr, l’impact social de l’activité touristique se traduit également en termes d’emplois, puisqu’elle concerne plus de deux millions de personnes et que 50 000 postes demeurent non-pourvus.

Pour que le tourisme continue à faire vivre notre économie et à nourrir notre tissu social, nous devons renouveler son approche. Cela a été largement souligné, nous avons en quelque sorte tendance à vivre sur nos acquis, alors que cette industrie – comme les autres – doit s'insérer aussi efficacement que possible dans une économie, qu’on le veuille ou non, de plus en plus globalisée.

La demande s’y caractérise par une extrême complexité. Elle est notamment marquée par des demandes variées – tourisme culturel, participatif, récréatif… – et par l’enchevêtrement de clientèles de plus en plus hétérogènes, allant des élites économiques des pays émergents aux classes moyennes européennes… Par ailleurs, elle est gouvernée par des temporalités qui sont de plus en plus difficilement conciliables.

Il n’en reste pas moins que, avec l’essor d’Internet et la massification de la demande et de l’offre, un phénomène de standardisation est à l’œuvre, à tel point qu’un même niveau de prestation peut être attendu de destinations touristiques diamétralement opposées.

Dans un autre registre, soulignons que le pittoresque et le folklore ne pourront plus masquer longtemps une offre de services insuffisante ou des infrastructures d’accueil et de transports vieillissantes, et ce d’autant moins que des économies émergentes, disposant d’une véritable force de frappe en matière d’investissement, font du tourisme leur mode d’entrée privilégié sur la scène mondiale.

Pour conclure, madame la ministre, mes chers collègues, le diagnostic lucide, sans concession et, semble-t-il, partagé par le plus grand nombre, que posent les auteurs de ce rapport, à savoir celui d'une place de leader à reconquérir, constitue la tâche aujourd'hui assignée à notre tourisme.

Le travail de réforme qu’il nous reste à accomplir se trouve bien engagé, dans un premier temps, au travers de la réforme de la gouvernance de l’industrie touristique ; c'est un préalable indispensable pour améliorer le niveau de prestations de notre pays. Cette réforme passe bien sûr par des initiatives innovantes. Je pense, par exemple, aux contrats de destination qui réuniront autour d’un même projet tous les partenaires, aussi bien publics que privés, jouant un rôle dans l’accueil touristique. Ils participent à une approche intégrée de la problématique qui nous intéresse.

Madame la ministre, voilà un beau challenge pour que notre pays continue à tenir son rang ! Le travail effectué sous l’égide de la commission pour le contrôle de l’application des lois et de la commission des affaires économiques nous incite à le relever. Nous sommes – est-il besoin de le préciser ? – pleinement disponibles et serons à vos côtés dans cette tâche. §

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