Je ne commenterai pas les quatre derniers messages, qui l’ont déjà été abondamment et qui relèvent aussi des politiques intérieures, mais la démocratie étant au cœur du projet européen, nous aurions tort de ne pas nous interroger sur la lente dérive vers un fort abstentionnisme, en particulier parmi les jeunes générations, que nous constatons de scrutin en scrutin depuis trente ans et que tous les orateurs précédents ont évoquée.
Quatre Français sur cinq sont favorables à la construction européenne, mais 60 % d’entre eux n’éprouvent pas le besoin d’accomplir leur devoir électoral. Il semble que l’Europe soit comme l’air que l’on respire : on ne l’apprécie vraiment que lorsqu’on en manque.
Les causes de cette désaffection sont profondes et vraisemblablement d’abord sociologiques.
Le puissant mouvement de globalisation dont notre monde est le théâtre produit beaucoup d’inquiétudes et provoque repli sur soi, individualisme et recherche de la proximité comme un refuge. La crise financière et économique vient renforcer ce sentiment et corroborer ce jugement.
Devant un tel mouvement, jusqu’ici en grande partie incontrôlable, les hommes politiques apparaissent souvent désarmés et inefficaces, leur marge de manœuvre se rétrécit et leur crédibilité est atteinte, le sentiment que le vote ne changera rien se répand.
Par ailleurs, le débat politique, qui privilégiait jadis le long terme et les valeurs, ne s’intéresse plus désormais qu’à l’image, à l’instant et au marketing. Comment s’intéresser durablement à la politique si elle n’est plus que tactique ? Et comment l’Europe pourrait-elle trouver sa place dans l’univers des médias, elle qui n’est ni sensationnelle, ni dramatique, ni pessimiste et dont les objectifs se situent dans le long terme et ne peuvent être atteints qu’au travers d’un processus compliqué ? Un examen de conscience s’impose.
Si l’on cessait de faire de l’Europe un bouc émissaire, si les aides financières venues de Bruxelles n’étaient plus aussi confidentielles, si chaque député européen s’engageait à venir au moins une fois par an dans chaque département de sa circonscription électorale, s’il rendait compte régulièrement de son travail, si la presse informait des débats du conseil des ministres et du Parlement européen, si l’on créait une chaîne parlementaire européenne comme il en existe pour l’Assemblée nationale et le Sénat, si l’on enseignait davantage les rudiments de la construction et de l’actualité européenne à l’école, au collège et au lycée, si l’on intensifiait les jumelages, si l’on élargissait les échanges, au-delà des étudiants et apprentis, à tous les secteurs professionnels, si l’on harmonisait les conditions d’inscription sur les listes électorales de tous les ressortissants de l’Union, si l’on permettait à ces derniers de participer aux exécutifs locaux, si, sur un plan symbolique, le drapeau européen était associé systématiquement au drapeau français et l’hymne européen à la Marseillaise, peut-être l’Europe apparaîtrait-elle plus présente au quotidien pour le citoyen et peut-être ce dernier serait-il davantage incité à voter.