Intervention de Christian Cambon

Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées — Réunion du 16 février 2022 à 16h30
Audition de M. Jean-Yves Le drian ministre de l'europe et des affaires étrangères

Photo de Christian CambonChristian Cambon, président :

Mes chers collègues, je vous prie d'accepter nos excuses pour ce retard, lié à l'entretien que le Premier ministre a souhaité avoir en votre présence, monsieur le ministre, avec le président du Sénat et moi-même, pour l'informer d'un certain nombre d'orientations qui vont être prises demain par le Président de la République. Chacun comprendra ici qu'on laisse au chef de l'État la primeur de l'expression de ses mesures concernant le Mali.

Je souhaite que votre audition de ce soir ne s'oriente pas sur ces sujets, sur lesquels chaque groupe aura amplement la possibilité de s'exprimer dès la semaine prochaine, dans le cadre du débat qui sera organisé sur une déclaration du Gouvernement sur le sujet, en application de l'article 50-1 de la Constitution.

Monsieur le ministre, nous sommes heureux de vous accueillir pour évoquer une situation internationale qui s'avère, une fois de plus, particulièrement tranquille, paisible et sereine, comme les événements le montrent au jour le jour... Nous souhaitons plus particulièrement vous entendre sur la crise ukrainienne.

Certes, depuis hier, les Russes font des déclarations, esquissant un début de détente. Des images nous parviennent, montrant des chars embarqués sur des voies ferrées - encore faut-il savoir où ils vont. Les forces russes à la frontière ukrainienne sont considérables : on parle de 60 % de la capacité terrestre russe qui serait actuellement rassemblée à cette frontière.

Les Occidentaux, dont la France, se sont engagés dans des manoeuvres de réassurance des pays limitrophes. Au passage, je vous répète, monsieur le ministre, que nous n'avons guère apprécié de découvrir dans la presse que la France se préparait à déployer un bataillon en Roumanie. Le Parlement aurait pu en être informé !

Les États-Unis avaient prévu et prédit une invasion imminente, tout en ajoutant que le président russe n'avait pas pris sa décision. Pouvons-nous imaginer un apaisement de cette crise, ou s'agit-il d'une énième péripétie qui, en vérité, ne change pas grand-chose au problème de fond, à savoir le risque d'un conflit terrestre de grande ampleur sur le sol européen ?

Bien évidemment, nous attendons de votre part quelques éclaircissements sur ce que vous considérez être les objectifs réels de la Russie dans cette affaire. Va-t-elle se contenter de continuer à entretenir la tension afin d'en récolter les supposés bénéfices géopolitiques ? Une chercheuse que nous avons entendue voilà deux semaines estimait que, si le président Poutine avait voulu envahir l'Ukraine, il l'aurait déjà fait, sans le proclamer urbi et orbi, comme pour la Géorgie ou la Crimée. Qu'en pensez-vous ?

Au cours de la semaine passée, le Président de la République s'est particulièrement impliqué dans des actions diplomatiques menées pour résoudre la crise, en s'entretenant à plusieurs reprises avec le président russe. Pouvez-vous nous dire ce qui est ressorti de ces entretiens ?

Par ailleurs, percevez-vous la position du chancelier allemand, un temps critiqué pour son supposé manque de fermeté, comme pleinement alignée avec la nôtre ? Peut-on en attendre des résultats ? Certains commentateurs ont suggéré que le Président de la République et le chancelier allemand engagent une démarche commune, mais la présidence française du Conseil européen explique la manière dont les choses ont pu se passer.

Ces périodes de tensions internationales intenses, où l'on reste juste en dessous du seuil de déclenchement du pire, montrent bien toute l'importance de disposer d'un corps diplomatique bien formé, compétent, expérimenté et dévoué - en un mot, un corps diplomatique professionnel. Notre collègue Catherine Dumas vous a interrogé, au début de cette année, sur l'impact que la réforme de la haute fonction publique pouvait avoir sur le corps diplomatique français, avec la disparition progressive des corps de conseillers des affaires étrangères et des ministres plénipotentiaires à partir de 2023. Nous avons tous été saisis, lors de nos déplacements, des inquiétudes - le mot est faible - que soulève cette réforme, sur laquelle nos collègues socialistes ont déjà alerté l'opinion dans une tribune particulièrement claire, à l'esprit de laquelle nombre d'entre nous s'associent.

Lors de votre dernière audition, vous nous avez dit vous être investi personnellement sur ce sujet. Nous vous en donnons acte bien volontiers. Vous nous indiquerez aujourd'hui si vous avez obtenu des garanties fermes sur le fait que le rayonnement de la France continuera d'être assuré grâce à la préservation de l'excellence de nos diplomates ; elles sont indispensables.

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