Plusieurs sénateurs l'ont souligné : la relation avec les États-Unis est aujourd'hui fondamentalement différente, en comparaison du climat qui régnait lors de l'affaire irakienne ou, plus récemment, lors du retrait d'Afghanistan. Les États-Unis nous font part de leurs constatations et tous les pays occidentaux partagent la même analyse des forces en présence. Nous n'avons aucun désaccord d'analyse entre les alliés occidentaux et les Etats membres de l'Union européenne.
Nous constatons que toutes les conditions sont réunies pour que la Russie mène une intervention massive en Ukraine. Toutefois, le président Poutine n'a pas pris de décision pour l'instant. Reste à savoir si les inflexions actuelles, annoncées et à vérifier, constituent une rotation ou un retrait des troupes. Nous devrons le vérifier. En tout état de cause, je suis catégorique : la clarté des échanges avec nos alliés n'est pas polluée par des « entourloupes ».
Il revient au président Poutine d'assumer la responsabilité du rôle qu'il entend donner à son pays : la Russie sera-t-elle une puissance du déséquilibre ou un acteur de la stabilité et de la sécurité en Europe ? Je n'ai pas la réponse. Les trois sujets que j'évoquais constituant nos trois priorités : la désescalade, la question ukrainienne et les grands enjeux de sécurité sont en jeu et je n'ai pas connaissance du choix que fera la Russie dans ces trois domaines.
L'usage public d'informations joue un rôle non négligeable dans la guerre d'information : les puissances font savoir qu'elles ont des éléments stratégiques à leur disposition, tandis que certains acteurs utilisent des leurres.
Messieurs Todeschini et Cigolotti, Vladimir Poutine souhaite revenir à la situation en vigueur à la fin de l'URSS et retrouver une logique de blocs : non seulement l'Ukraine ne doit pas devenir membre de l'OTAN, mais il convient en plus d'opérer sa démilitarisation. Les pays frontaliers de la Russie ne peuvent disposer que d'une souveraineté limitée. Cette position est inadmissible, car chaque pays a le droit de ses choix. C'est ainsi que la Biélorussie a décidé d'abandonner sa neutralité : c'est son choix.
Nous avons envoyé plusieurs propositions à Vladimir Poutine, toutes fondées sur un nouvel équilibre en Europe. Nous comprenons que la Russie ait besoin de garanties pour sa sécurité ; il en va de même pour les pays européens. Nous devons discuter de ces sujets au sein d'instances appropriées sur les armes nucléaires, sur l'accord entre l'OTAN et la Russie, sur la transparence et cette discussion doit se tenir au sein de l'OSCE. En menant la conversation dans ces forums, nous pourrons éviter l'escalade : c'est actuellement notre première priorité.
Monsieur Le Nay, je ne suis pas en mesure de vous détailler les sanctions prévues, qui présentent une plus grande ampleur que celles prises dans le passé. Sachez que nous sommes prêts à les mettre en oeuvre. Nous prenons garde toutefois à l'effet boomerang de nos sanctions et nous anticipons les éventuelles mesures de rétorsion de la Russie. Le nouvel ordre de sécurité européen suppose aussi l'adoption d'un paquet cyber.
Nous sommes très préoccupés par la situation biélorusse. Nous craignons que les forces russes s'y maintiennent après les manoeuvres. En outre, le pays a décidé de lever l'interdiction de stationnement d'armes nucléaires. Lors de son entretien avec le Président de la République, le président Poutine a indiqué que ces hypothèses de stationnement de forces russes ou d'armement nucléaires ne seraient pas mises en oeuvre : nous en sommes satisfaits, mais nous vérifierons ces éléments en temps voulu.
Je reviens sur un point que je n'ai pas évoqué dans mon intervention liminaire : l'initiative du parti communiste russe. La Douma a récemment voté un texte reconnaissant l'indépendance de Donetsk et du Donbass. Vladimir Poutine a indiqué ne pas soutenir cette démarche du parti communiste. Nous en prenons acte mais si ce texte était adopté, cela entraînerait la fin du processus de Minsk.
Monsieur Guerriau, sur Minsk, après une réunion en format Normandie organisée à Paris en décembre 2019 pour actualiser le processus de Minsk, nous avons observé des résultats. La démarche aboutissait à des résultats concrets, tels que le retrait de certaines armes ou l'échange de prisonniers. Mais, depuis juillet 2020, l'absence mutuelle de volonté politique a considérablement dégradé cette entreprise. La visite du Président de la République à Kiev a permis une clarification du Président Zelensky en faveur du processus de Minsk.