C'est peut-être votre dernière audition devant nous. Je vous rends hommage au nom de notre commission. Pour les plus anciens d'entre nous qui vous ont connu au ministère de la défense, et puis durant ce quinquennat aux affaires étrangères, vous avez été le « ministre des temps troublés ».
La liste des crises que vous avez vécues est impressionnante, et cela ne fait que renforcer les qualités qui ont été les vôtres, que ce soit dans cette lutte contre le terrorisme, la présidence de M. Trump qui a nécessité d'avoir les nerfs solides pour faire face à de nombreuses déclarations, la pandémie... Nous rendons hommage à la manière dont vous avez su, avec votre administration, rapatrier ces 370 000 Français. Ce n'était pas une mince affaire. Tous les ressortissants qui ont bénéficié du soutien du ministère s'en souviennent.
Il y a aussi une difficulté croissante du dialogue avec la Russie. Vous avez voulu que la France soit présente. Nous souhaitons tous que l'initiative du Président de la République puisse aboutir. Elle montre que l'Europe, et singulièrement la France qui exerce cette présidence, est un acteur de la désescalade.
Vous avez aussi traversé toute cette période d'affirmation décomplexée de la puissance chinoise. Partout dans le monde, on se souvient de toutes les initiatives qui sont prises.
Autre élément important, l'implosion de l'accord sur le nucléaire iranien (JCPoA, Joint Comprehensive Plan of Action) alors que vous y aviez pris une part essentielle avec d'autres. Nous avons eu également des démêlés avec la Turquie. Vous avez donc trois tomes de Mémoires à rédiger, si jamais vous décidez de quitter l'activité publique. Vous avez aussi vécu le réarmement global.
Le Président de la République a fait le choix d'avoir une période de stabilité ministérielle. C'était important dans ces moments de crise. Certes, nous avons regretté l'absence d'un ministre de la coopération : le dialogue avec l'Afrique est compliqué et nécessite une présence physique. Or vos journées, comme les nôtres, n'ont que 24 heures.... Vous avez assuré, par cette stabilité ministérielle, une image très cohérente de la politique étrangère française.
Je voudrais souligner également votre attention permanente au dialogue avec le Parlement, et singulièrement ici. Nous vous avons même soupçonné d'être un sénateur en puissance, tant vous vous êtes trouvé bien ici, au contact des uns et des autres. Je vous ai accompagné de nombreuses fois à l'étranger et vous ai souvent rencontré en tête-à-tête. Je me souviens du ministre de la défense qui expliquait, quasiment semaine après semaine, l'évolution de l'opération Serval. Nous étions au coeur de l'action, avec un sentiment de confiance, puisque nous disposions des cartes des chefs d'état-major - ou presque.
La confiance ne vous a jamais été comptée. C'est une bonne chose, car nous avons besoin de ce lien. Nous évoquions, lors des questions au Gouvernement, la nécessité d'associer le Parlement dans les choix essentiels qui vont être faits sur Barkhane et sur la nouvelle architecture que la France va sans doute mettre en place. C'est une marque qui vous est très personnelle au sein du Gouvernement. Pour tout cela, un immense merci !
J'espère que nous aurons l'occasion de fêter votre départ de manière conviviale, pour vous adresser un hommage public au nom de notre commission. J'associe également à ces remerciements votre équipe rapprochée. Vous avez su, par la stabilité de vos collaborateurs, avoir une équipe dont vous pouvez être fier.
Nous avons toujours fait en sorte de vous aider ; nous ne vous avons jamais manqué dans les moments importants, y compris quand nous vous interrogions, ou lors des négociations budgétaires. Nous nous sommes inquiétés avec vous de la compression des ETP, de la vente des biens immobiliers à l'étranger...
Comme l'a dit M. Vallini, un peu taquin, nous avons entendu les mêmes louanges il y a cinq ans, donc ne jetons pas sur l'avenir un voile qui peut vous laisser d'autres opportunités. Ce sera à vous de choisir entre la Bretagne, qui vous attend depuis longtemps, et les affaires étrangères où vous avez de nombreux amis et un réseau important. C'est un très beau travail pour la France.