Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, après le séisme qui a frappé la frontière turco-syrienne, je tiens à faire part de notre soutien aux peuples kurde, syrien et turc et avoir une pensée émue pour les victimes et leurs familles.
Il y a plus d’un siècle, la Première Guerre mondiale a pris fin. Ce conflit a été d’une ampleur et d’une violence jusqu’alors inconnues, qu’il est aujourd’hui difficile de se représenter. Cette guerre, qui aurait dû être « la Der des Ders », a fait près de 20 millions de morts. En massacrant ses enfants, l’Europe s’est suicidée, selon le mot de Romain Rolland. Même s’il a cessé depuis plus de cent ans, ce conflit continue de produire des effets.
Cette guerre a en effet marqué la fin du temps des empires, tant en Europe qu’en Asie Mineure et au Moyen-Orient. Elle a également décimé les populations des plus grandes puissances du monde.
Comme trop souvent dans l’histoire, une tragédie en a entraîné d’autres. Alors que les regards étaient fixés sur les combats du théâtre européen, la Turquie ottomane, engagée dans le conflit aux côtés de l’Allemagne, a profité de la guerre pour régler ses comptes : en 1915, elle a perpétré un génocide contre les populations arméniennes.
Alors que ce génocide a été maintes fois décrit et documenté, Ankara refuse toujours de le reconnaître. L’ampleur des massacres, leur caractère ciblé et systématique, ainsi que la volonté d’effacer ce peuple, sont pourtant indiscutables.
Les Arméniens n’ont pas été les seules victimes des massacres perpétrés par la Turquie ottomane en cette année 1915. Les Assyro-Chaldéens ont, eux aussi, subi des déplacements forcés et des exécutions en masse. Cette population comptait un demi-million de personnes à la fin du XIXe siècle. La moitié d’entre elles a disparu dans les massacres.
À ne pas reconnaître le passé, on se condamne à le revivre. Les auteurs de la présente proposition de résolution rappellent à juste titre que les chrétiens d’Orient ont figuré parmi les premières victimes de l’État islamique. Nous ne devons pas laisser dans l’ombre ces crimes contre l’humanité.
La proposition de résolution que nous examinons aujourd’hui invite le Gouvernement à reconnaître le génocide perpétré par la Turquie contre les Assyro-Chaldéens. Reconnaître ce génocide satisferait un double objectif.
Un objectif de justice, tout d’abord : les massacres dont les Assyro-Chaldéens ont été la cible en 1915 sont effectivement constitutifs d’un génocide. Ces actes ne peuvent pas rester sans condamnation. La justice commande de reconnaître la souffrance des peuples.
Le second objectif est un objectif de protection : reconnaître ces massacres comme le génocide qu’ils constituent mettrait en lumière des populations qui étaient encore récemment victimes de persécutions.
Cette reconnaissance mettrait ainsi en lumière à la fois les Assyro-Chaldéens et la menace qui pèse sur eux. La communauté internationale serait dès lors plus attentive à leur sort.
Alliés de la Turquie, toujours candidate à l’entrée dans l’Union européenne, nous attendons de ce pays qu’il agisse dans le respect des valeurs humanistes. Or, après avoir acquis des S-400 russes, Ankara n’a pas hésité à éliminer une frégate française, ne l’oublions pas. Elle use du chantage migratoire contre l’Europe et bloque l’adhésion des pays européens à l’Otan.
La Turquie n’hésite pas non plus à recourir à la force contre ses minorités et celles de ses voisins. Nous avons vu son action contre les Kurdes de Syrie en Irak. Ces agissements graves sont particulièrement préoccupants.
Loin de reconnaître son passé, Ankara semble vouloir continuer d’effacer ce qui la dérange, selon un comportement que plusieurs régimes autoritaires ont adopté à travers l’histoire, toujours avec des conséquences funestes.
Dans ces conditions et au regard de la longue histoire qui nous lie aux chrétiens d’Orient, il nous semble que la France doit contribuer à empêcher de nouvelles atrocités.
Cette proposition de résolution défend utilement tant la mémoire des victimes concernées que la survie de leurs descendants. Les membres du groupe Les Indépendants – République et Territoires voteront donc en faveur de l’adoption de cette proposition de résolution.