Intervention de Jean-Paul Virapoullé

Réunion du 12 février 2009 à 22h00
Consultation des électeurs de mayotte — Débat sur une déclaration du gouvernement

Photo de Jean-Paul VirapoulléJean-Paul Virapoullé :

Le Conseil de la concurrence a condamné les pétroliers à 41 millions d’euros d’amende ; c’est bien qu’il y a matière à défiler, c’est bien qu’il y a matière à protester !

Il faut donc saisir la justice. Ce gouvernement a eu le mérite, à votre demande, madame la ministre, et à la demande de M. Jégo, de mettre en place une mission d’inspection sur le prix des produits pétroliers : tirons-en ensemble, le moment venu, toutes les conclusions !

Le transport, nous dit-on, coûte cher. Mais, avec la mondialisation, le transport maritime coûte de moins en moins cher ! Pourquoi les prix des produits, sur les rayons des supermarchés, sont-ils aussi élevés si ce n’est du fait d’ententes illicites, d’abus de position dominante ? La population demande justice, faisons-lui justice !

Il ne s’agit pas d’un changement de statut, il ne s’agit pas d’un mal-vivre lié à l’exploitation par la France ; c’est une juste revendication qui pousse les Guadeloupéens et les Martiniquais dans la rue. Dans le processus de départementalisation, l’amélioration du pouvoir d’achat est le prochain combat qu’ils doivent mener, que nous devons mener avec eux, et que, comme bien d’autres auparavant, nous devons remporter.

Venons-en à Mayotte. Je veux vous saluer, vous, nos compatriotes et frères mahorais, nos voisins – nombre d’entre vous sont venus habiter à la Réunion –, vous qui avez voté l’avancée vers la départementalisation. Vous n’êtes pas plus que les Comoriens, mais vous n’êtes pas moins que les Comoriens ! Ceux-ci ont voulu l’indépendance, et leur vote doit être respecté ; la logique voudrait que, de la même manière, soit respecté le vote des Mahorais, qui ont choisi la France.

Je voudrais à ce propos saluer le travail de nombreux parlementaires français. Mme Goulet connaît l’importante contribution de son mari, qui, dès les débuts, était aux côtés de mon frère Louis, aux côtés d’Alain Poher, président du Sénat, pour mener cette œuvre, à une époque où rares étaient ceux qui croyaient à la volonté de Younoussa Bamana, de Marcel Henry, d’Henry Jean-Baptiste. Bien d’autres également – je ne saurais les citer tous – se sont tenus à vos côtés, mes chers collègues de Mayotte qui prenez aujourd’hui le relais, vous, les combattants de la liberté et de l’égalité.

Je vais être bref, mais je vais essayer d’être franc. La départementalisation, je l’ai dit, n’est pas un miracle. Pour la réussir, il faut d’abord respecter l’identité culturelle de Mayotte. C’est le premier principe que m’avait enseigné Michel Debré lorsqu’il commençait à être question de la départementalisation : « Jean-Paul, m’avait-il dit, la départementalisation, ce n’est pas l’assimilation. » L’assimilation, c’est inévitable, conduit à l’éclatement de l’identité culturelle ; l’éclatement de l’identité culturelle d’une région aboutit à la révolte.

La départementalisation respecte l’identité culturelle, la départementalisation est adaptée, la départementalisation est progressive : soixante ans après le vote de la loi de départementalisation, les DOM ne l’ont pas encore totalement atteinte, notamment sur le plan économique.

Il faut également prendre certaines précautions.

La première précaution, c’est l’adaptation du rythme entre égalité sociale et développement économique. Ce fut le plus difficile à réaliser dans les quatre DOM, et ce sera le plus difficile à réaliser à Mayotte, territoire exigu et surpeuplé.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Que le développement économique doit entraîner l’égalité sociale, et non l’inverse. Sans un début de développement économique, l’égalité sociale sera plaquée sur Mayotte et aboutira à l’asphyxie de son économie, à la crise, à la révolte, notamment des jeunes qui ne trouveront pas d’emploi dans leur pays. Les Mahorais doivent prendre les rênes de leur développement économique, comme nous avons tenté de le faire, et plutôt avec succès, à la Réunion.

Je le dis à mes collègues mahorais et à tous ceux qui sont venus de Mayotte et nous écoutent : nous, Réunionnais, sommes prêts, dans le domaine agricole, dans le domaine du bâtiment et des travaux publics, à contribuer à la formation des Mahorais, à travailler avec vous au développement de ces filières.

Si vous demandez l’égalité sociale avant que le développement économique ne s’amorce, ce sera mettre la charrue avant les bœufs. En revanche, quand elle est adaptée, quand elle est progressive, quand elle respecte le rythme du développement, l’égalité sociale est une nécessité ; alors, elle devient le support du développement économique.

La deuxième précaution indispensable à prendre, c’est l’analyse des erreurs que nous-mêmes, dans les quatre DOM, avons commises tout au long de ces soixante années de départementalisation. Bien sûr, madame la ministre, je n’ai pas de conseil à vous donner ; je crois cependant que vous devriez nommer à cet effet une mission, ou quelque chose de semblable. Consultez-nous, demandez aux préfets qui ont servi là-bas les erreurs qu’ils ont décelées, et ne les reproduisez pas à Mayotte ! Vous gagnerez du temps, vous gagnerez de l’argent, vous gagnerez en efficacité.

Je pense même qu’un conseil de coordination de la départementalisation de Mayotte devrait harmoniser l’action de tous les ministères dans le nouveau département. La coordination nous a manqué ; tous les ministères n’avancent pas au même rythme !

Enfin, je voudrais vous montrer tout le travail qu’il reste à faire sur le plan économique.

Pour ce qui est de la pêche, vous possédez l’un des plus beaux lagons au monde, et l’élevage de poissons représente certainement une richesse importante pour vous.

Sur le plan touristique, les possibilités sont plus limitées compte tenu de la superficie du territoire, mais les potentialités sont réelles, notamment du fait des touristes qui viennent par leurs propres moyens, sur leur propre voilier.

En ce qui concerne l’agriculture, je citerai quelques chiffres.

Mes chers compatriotes de Mayotte, chaque année, vous consommez 7900 tonnes de viande de volaille et en produisez seulement 60 tonnes. Votre consommation n’est donc couverte qu’à hauteur de 1, 30 %. De grâce, élevez des poulets, ce n’est pas difficile ! Et ce n’est pas parce que je m’appelle Virapoullé que je vous le dis !

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Inscription
ou
Connexion