Madame la présidente, madame la sénatrice Nathalie Delattre, auteure de la présente proposition de résolution, mesdames, messieurs les sénateurs, je vous remercie de votre engagement sur ce débat.
Nous le savons tous, la psychiatrie, c’est l’intime, l’intime des malades et des familles.
La psychiatrie, c’est également le temps de l’écoute, mais ce débat nous rappelle immédiatement à une réalité : si le temps de la psychiatrie est le temps long, il y a également urgence à apporter des réponses concrètes à certaines situations.
Le Président de la République l’a indiqué hier soir lors de sa conférence de presse, la santé mentale, en particulier celle des plus jeunes, sera une priorité de ce gouvernement.
Samedi dernier – Mme Canalès l’a rappelé –, j’accompagnais le Premier ministre à Dijon, où nous avons rencontré les professionnels des urgences, de la pédiatrie et de la psychiatrie. Nos échanges avec les professionnels ont notamment porté sur la diversité des réponses que nous devions apporter, qui vont de l’accueil d’un jeune ayant besoin de décompenser pendant quelques heures aux soins de long terme d’une autre personne.
Plusieurs d’entre vous ont évoqué les causes de ces situations. Elles sont nombreuses : la crise du covid-19 – crise sans équivalent en Europe et dans le monde depuis la Seconde Guerre mondiale –, les réseaux sociaux, le harcèlement scolaire, l’isolement des étudiants, les violences en tous genres ou encore l’addiction aux écrans.
Madame la sénatrice Delattre, nous partageons ce constat : la santé mentale des jeunes est en effet un enjeu sociétal majeur.
Vous avez tous rappelé dans vos interventions, mesdames, messieurs les sénateurs, les chiffres relatifs à ce sujet. Vous avez également évoqué la question des moyens, du nombre de lits, du nombre insuffisant de maisons des adolescents, de soignants – l’effectif des professeurs des universités-praticiens hospitaliers (PU-PH) et des internes a légèrement augmenté, mais encore trop peu –, d’infirmiers en pratique avancée formés spécifiquement – la démarche est intéressante – et de centres médico-psychiatriques. L’offre de soins se construit, mais reste encore insuffisante sur le territoire.
La feuille de route de la santé mentale et de la psychiatrie a été lancée par Agnès Buzyn. Elle a eu le grand mérite d’ouvrir la voie. Les Assises de la santé mentale et de la psychiatrie ont débouché sur des engagements qui s’étendent jusqu’en 2026. Cela dit, Mme Gruny le rappelait, le projet de loi de financement de la sécurité sociale a apporté des réponses nouvelles, notamment pour les financements.
Au-delà de ces moyens, je mesure la nécessité d’aller plus loin, dans différents domaines. Il convient d’abord d’engager une politique ambitieuse de prévention, nombre d’entre vous l’ont dit. Mesdames Souyris, Darcos et Delattre, vous m’avez interpellée au sujet de la médecine scolaire et des tout-petits. Évidemment, nous commencerons par les mille premiers jours, mais si l’on considère le fait que des enfants en très bas âge, dès 3 ans, ont déjà des habitudes d’écran, on mesure bien la nécessité de traiter ce sujet. Je signale également l’enjeu que représente la visite médicale lors de la sixième année.
Je veux aborder maintenant un domaine sur lequel, à la demande du Premier ministre, la ministre de l’éducation nationale et moi-même allons travailler : celui de la médecine scolaire. C’est crucial, car il s’agit de notre premier outil de prévention ; il permet en effet de toucher l’ensemble des élèves ainsi que, d’une certaine manière, leurs parents.
Madame Gosselin, le programme Mon Parcours psy, destiné aux étudiants, constituait une première réponse. Elle est peut-être insuffisante, mais ces huit consultations remboursées permettent d’avancer.
Au-delà, sans contester l’utilité d’une augmentation des moyens, nous devons aussi relancer l’attractivité de ces métiers. Nous avons certes remplacé le numerus clausus par le numerus apertus, mais quel est le sens d’une augmentation du nombre d’étudiants si les internes ne se tournent pas vers la psychiatrie ? Il faut traiter ce problème. Sans doute, phénomène assez rare dans notre pays, le nombre de PU-PH en psychiatrie a augmenté, mais, je vous l’accorde, il n’est pas encore suffisant, puisqu’il n’y en a pas partout sur le territoire.
Nous devons en outre adapter notre organisation, via des outils comme les projets territoriaux de santé, pour agir dans tous les bassins de vie. Le Ségur de la santé a permis de financer la hausse de la rémunération des gardes de week-end ; c’est une première étape. Toute la population est en effet concernée.
Madame Aeschlimann, vous avez également souligné l’absence de ministre de la famille. Pour ma part, j’entends souvent dire que l’effectif du Gouvernement est trop important. Or il est impossible d’avoir un gouvernement resserré tout en ayant un ministre consacré à chaque politique publique.
Toutefois, je vous l’affirme solennellement, le ministère que j’ai l’honneur de diriger a comme pivot la santé de nos concitoyens, des mille premiers jours au tout dernier, en passant par le handicap et le vieillissement, sans oublier le travail, notamment la santé au travail. La santé est donc, en quelque sorte, le fil rouge de mon portefeuille.
La feuille de route devra comprendre beaucoup d’éléments et prévoir une réponse adaptée aux bassins de vie. En effet, monsieur Théophile, la question de l’outre-mer est prégnante ; cela dit, le sujet de la santé en métropole ne doit pas être négligé non plus.
Nous travaillerons avec tous les acteurs – le public, le privé, le médico-social, les élus, les éducateurs –, sans oublier les familles et les aidants. Ces derniers sont, vous y avez insisté, monsieur le sénateur, très seuls ; or c’est avec eux que nous pourrons coconstruire une démarche.
Ma méthode consistera à rassembler et à écouter ; cela peut démarrer par un Conseil national de la refondation, mais nous pouvons dès maintenant nous appuyer sur les travaux existants ; je pense à l’excellent rapport de la Fédération hospitalière de France sur la question. Car mon objectif, c’est agir concrètement, dans le respect, l’écoute, le dialogue.
C’est dans cet esprit que, après vous avoir remerciée de nouveau de nous avoir permis de travailler sur le sujet, madame la sénatrice Delattre, je m’en remets, au nom du Gouvernement, à la sagesse du Sénat sur cette proposition de résolution.