Nous recevons aujourd'hui M. Didier Samuel, candidat proposé par le Président de la République aux fonctions de président de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).
En application du cinquième alinéa de l'article 13 de la Constitution, je vous rappelle que cette nomination ne peut intervenir qu'après l'audition du candidat par les commissions compétentes de l'Assemblée nationale et du Sénat. Cette audition est publique, diffusée sur le site internet du Sénat et donnera lieu à un vote à bulletin secret.
La commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale a entendu M. Samuel hier après-midi, puis procédé au vote. Le dépouillement des deux scrutins aura lieu simultanément à 12 h 15.
Il ne pourra être procédé à cette nomination si l'addition des votes négatifs dans les deux commissions représentait au moins trois cinquièmes des suffrages exprimés.
Établissement public à caractère scientifique et technologique, placé sous la double tutelle du ministère de la santé et du ministère de la recherche, l'Inserm réunit près de 15 000 collaborateurs, avec un objectif commun : améliorer la santé de tous par le progrès des connaissances sur le vivant et sur les maladies, l'innovation dans les traitements et la recherche en santé publique.
Doté d'un budget d'un peu plus d'1 milliard d'euros, il est le premier organisme de recherche biomédicale au niveau européen et le deuxième au niveau mondial. L'Inserm est aussi le troisième déposant européen de brevets dans le secteur pharmaceutique.
Monsieur Samuel je vous demanderai, à l'occasion d'un propos liminaire d'une dizaine de minutes, de bien vouloir vous présenter et de nous exposer les projets qui seraient les vôtres en tant que président de l'Inserm. Ensuite, je donnerai la parole aux membres de la commission qui souhaiteraient vous poser des questions, en commençant par notre rapporteur, Laure Darcos.
Je vous remercie de me recevoir. Je suis professeur d'hépatologie à la faculté de médecine Paris-Saclay depuis 1997. J'ai aussi une qualification en réanimation médicale. Je suis chef du service d'hépatologie et de réanimation hépatique et directeur médical du centre de transplantation hépatique à l'hôpital Paul-Brousse, premier centre de transplantation hépatique français et l'un des plus importants en Europe. J'ai une grande activité clinique en hépatologie, avec une expertise particulière dans la prise en charge des patients atteints d'insuffisance hépatique ou d'hépatites virales, et dans la transplantation hépatique ; j'ai suivi à ce jour plus de 4 500 patients qui ont bénéficié d'une greffe hépatique.
Mon activité de recherche est essentiellement clinique et translationnelle. J'ai créé l'unité mixte de recherche (UMR) Inserm 785 en 2005, qui est devenue, en 2015, l'UMR 1193, « Physiopathogénèse et traitement des maladies du foie », dont je suis le directeur. Cette unité comprend cinq équipes labellisées Inserm. Je dirige au sein de cette unité l'équipe 1 « Innovation thérapeutique, recherche translationnelle en maladie hépatique et en transplantation du foie ».
J'ai aussi été membre de la commission scientifique spécialisée (CSS) n° 6 de 2008 à 2012 : nous évaluions les équipes et les unités de recherche, et proposions le recrutement de chercheurs sur concours. J'ai aussi fait partie du comité de sélection de l'école de l'Inserm et j'ai été co-chairman du récent appel à projets du programme de recherche stratégique en santé Messidore, coordonné par la direction générale de l'offre de soins (DGOS) et piloté par l'Inserm. Au travers de ces fonctions, j'ai donc acquis une bonne connaissance de l'Inserm.
êÁ l'international, j'ai été membre du Council de l'International Liver Transplant Society, dont j'ai été le président en 2013. J'ai été également membre du comité scientifique de l'Association européenne pour l'étude du foie (EASL) et j'ai été éditeur en chef du Journal of Hepatology de 2010 à 2014, qui est devenu, pendant mon mandat, le premier journal mondial en hépatologie.
Depuis six ans, je suis doyen de la faculté de médecine Paris-Saclay. J'ai été également élu l'an dernier à la présidence de la conférence des doyens des facultés de médecine, et j'ai été élu, voilà deux ans et demi, à la présidence du comité national de coordination de la recherche, le CNCR, dont le but est de coordonner la recherche hospitalière dans les centres hospitaliers universitaires (CHU) et dans les centres hospitaliers.
Pourquoi ai-je présenté ma candidature à la présidence de l'Inserm ? Tout d'abord, j'ai toujours été investi en recherche, particulièrement en recherche clinique et en recherche translationnelle. Je suis passionné par la science et la recherche. Je considère que la recherche en santé est indissociable de la qualité de la médecine et du soin. La recherche et l'innovation tirent le soin vers le haut.
La recherche en médecine et en santé doit être relancée. En effet, on a observé, pendant une quinzaine d'années, un décrochage des moyens de la recherche en biologie-santé en France, avec une baisse significative de l'investissement dans ce domaine. La crise de la covid a montré que nous n'étions pas complètement prêts à affronter une pandémie de ce type. Nous avons souffert d'un manque de recherche sur les coronavirus et d'un manque de compétitivité sur les technologies liées à l'ARN, ce qui s'est traduit par des difficultés à développer un vaccin. Nous avons été en retard sur le séquençage du virus et dans la mise en place des tests diagnostiques. Si des essais cliniques de qualité ont été organisés, on peut déplorer leur absence de coordination.
Les difficultés que vivent les hôpitaux ont un retentissement sur le travail hospitalo-universitaire : la partie universitaire est phagocytée par le soin et le management, ce qui commence à fragiliser les unités de recherche et nos capacités de recherche en médecine.
On constate également un manque d'attractivité à la fois des métiers de la recherche (techniciens de recherche, assistants de recherche clinique), et du métier de chercheur, en raison du salaire, des évolutions de carrière, etc. L'organisation de notre recherche est complexe et lourde, avec de nombreux organismes publics, agences, etc.
Cependant, la loi de programmation de la recherche pour les années 2021 à 2030, adoptée en 2020, apporte une note d'optimisme, à travers une dynamique de réinvestissement. Même si celle-ci ne sera pas suffisante pour rattraper le retard, elle prévoit la création de postes ou de chaires de professeur junior et une revalorisation des carrières des chercheurs. Le volet santé de France 2030 permettra d'injecter 7.5 milliards d'euros dans la santé. Le Président de la République a annoncé, il y a 18 mois, le plan Innovation Santé 2030 ; la création de l'Agence de l'innovation en santé remet l'innovation et la santé au premier plan.
Je crois en l'Inserm. Cet organisme possède de grandes forces. Il est l'acteur central et incontournable de la recherche en santé en France. Il doit à la fois être un pilote de la recherche en santé au niveau national, réussir une politique de site avec les universités et les CHU, assurer une veille scientifique et sanitaire, et fournir des réponses aux crises sanitaires. Il doit assurer aussi la valorisation de la recherche, par le biais des brevets. L'Inserm est extrêmement présent au sein des universités et des CHU, assurant une interconnexion forte entre le monde universitaire et le monde hospitalier.
L'ANRS Maladies infectieuses émergentes, agence autonome de l'Inserm, vient ainsi de voir son rôle dans la lutte contre la covid et les maladies émergentes conforté par le Gouvernement. L'Inserm pilote des infrastructures lourdes de recherche comme le French Clinical Research Infrastructure Network (F-CRIN), le laboratoire P4 Jean Mérieux, ou l'infrastructure nationale d'ingénierie des cellules souches pluripotentes et cellules différenciées (Ingestem).
L'Inserm a un vrai savoir-faire en matière d'évaluation des chercheurs ou des unités de recherche via ses commissions spécialisées de recherche. Ses instituts thématiques multi-organismes (Itmo) sont des structures capables d'évaluer et de proposer des stratégies de recherche. L'Inserm reste pour les unités mixtes de recherche un label de qualité très important.
Par ailleurs, l'Inserm est le premier organisme européen en termes de publications scientifiques à visibilité internationale : ses publications sont de grande qualité, puisque plus de 10 % d'entre elles figurent dans le « top 5 ». L'Institut dépose un nombre important de brevets et certains programmes, comme le programme Atip-Avenir pour les jeunes chercheurs, sont très attractifs. Enfin, son réseau international est de qualité et d'envergure.
Cependant, certains points méritent notre attention : il conviendrait de clarifier la stratégie dans chaque site, en coordination avec les universités et les CHU, ainsi que la stratégie nationale, qui mérite d'être plus ambitieuse et qui devrait mieux prioriser les axes stratégiques. La coordination avec les CHU est trop hétérogène et doit être améliorée pour renforcer la qualité de notre recherche clinique. La recherche clinique, c'est non seulement des essais cliniques incluant des patients, mais c'est aussi la capacité à comprendre, à partir des maladies des patients, la physiopathologie des maladies et leurs mécanismes, afin d'adapter des traitements ciblés. L'interface avec les équipes de recherche clinique est clairement trop faible. Le rapprochement entre les chercheurs et les cliniciens est essentiel.
Le financement des UMR ne représente que 57 millions d'euros hors salaires, ce qui, pour presque 300 unités de recherche, me paraît insuffisant.
La valorisation insuffisante des carrières de chercheur, leur manque d'évolution constituent un vrai sujet car ce sont les chercheurs qui font la recherche.
Je propose plusieurs actions.
Je souhaite donner à l'Inserm une vision stratégique nationale, pour qu'il constitue un acteur de premier plan en recherche et en alerte sanitaire, auprès des autorités comme du public, en améliorant sa communication et sa visibilité.
Cette ambition se décline en deux aspects : la politique de site et la politique nationale de recherche qui coordonnera au niveau national les politiques de site. La politique de site doit se faire en lien avec les universités, qui en seront les pilotes, et avec les CHU. La politique nationale doit définir la stratégie nationale de recherche en tenant compte des politiques de site. Elle doit préciser les axes prioritaires et stratégiques, ainsi que les axes émergents, que l'Inserm, opérateur de programmes de recherche, opérateur de moyens et pilote de la recherche médicale et en santé en France, devra soutenir.
Il faut renforcer les UMR en augmentant leur masse critique, en renforçant les axes forts et en soutenant aussi les thématiques et les équipes émergentes.
L'Inserm doit accentuer sa présence dans son environnement, notamment avec les universités. L'environnement de l'enseignement supérieur et de la recherche a évolué ; des universités de recherche de niveau mondial ont été créées via les regroupements universitaires, les inclusions des grandes écoles dans les universités, via les initiatives d'excellence, les Idex, ou les Initiatives Science-Innovation-Territoires-Économie, les I-Site. Les universités sont toujours cotutelles des UMR, travaillant en lien avec l'Inserm sur de nombreux projets, tels les investissements d'avenir, les instituts hospitalo-universitaires (IHU) ou les plans de recherches hospitalo-universitaires en santé (RHU). Au niveau des sites, il y a un besoin de pilotage par les universités. Les plans quinquennaux de recherche sont coordonnés par les universités et nous devons avoir une réflexion sur la mise en commun de moyens de gestion des UMR.
Les liens avec les CHU doivent s'améliorer de façon significative, car la recherche clinique doit être significativement améliorée. Celle-ci constitue actuellement un point faible de l'Inserm, mais aussi des CHU ; il est temps que les uns et les autres travaillent ensemble. Les UMR sont présentes dans les CHU, mais trop souvent ces derniers sont peu au fait du travail des UMR. On compte trop de recherches en silos. La coopération est indispensable si l'on veut obtenir une recherche clinique et translationnelle de qualité. L'articulation avec les centres de ressources biologiques (CRB) doit être améliorée. Il importe aussi de professionnaliser la gestion des cohortes, de revoir le fonctionnement des centres d'investigation clinique (CIC). La gouvernance de la recherche par le biais des comités de la recherche en matière biomédicale et de santé publique (CRBSP) doit être beaucoup plus efficace. Il faudra s'interroger sur la cotutelle des CHU sur les UMR, en tout cas sur certaines d'entre elles, ce qui nécessitera, de la part des CHU, un investissement réel, direct dans les UMR, avec une discussion stratégique préalable avec les universités et l'Inserm.
L'Inserm doit continuer à se coordonner avec l'Institut national des sciences biologiques (INSB) du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) - des actions communes ou des échanges de chercheurs ont d'ailleurs déjà lieu dans les unités ; il doit s'appuyer sur l'ANRS Maladies infectieuses émergentes et le« Programme et équipements prioritaires de recherche sur les maladies infectieuses émergentes » pour doper la recherche en maladies infectieuses, et apprendre à mieux réagir aux crises sanitaires ; il convient aussi de travailler de concert avec l'Institut national du cancer, l'Inca, sur le cancer ; il faut enfin développer des stratégies de site, en ayant des UMR en cotutelle avec le CNRS, le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), l'Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria), l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae), avec les écoles d'ingénieurs, etc., car il est essentiel de développer la recherche transdisciplinaire, à l'heure des biostatistiques, de la gestion des données de masse, de l'intelligence artificielle, du numérique en santé, ou des mathématiques appliquées à la santé.
L'Inserm s'est vu confier le soin de coordonner, seul ou en association, des programmes et des équipements prioritaires en recherche, les PEPR. Il faut qu'ils démarrent, mais il faut aussi veiller à la transparence de la distribution des fonds. Ceux-ci sont élevés : le programme stratégique de recherche en santé, financé par la DGOS et piloté par l'Inserm, qui a démarré en 2022, est ainsi doté de 10 millions par an et constitue une chance.
Nous devons aussi renforcer notre développement international, en travaillant de concert avec les universités et les pôles Europe des universités et des CHU pour augmenter significativement notre présence dans les appels d'offre européens, dans la coordination des appels d'offre européens d'Horizon Europe, dans l'obtention des financements du Conseil européen de la recherche (ERC). Le renforcement de la présence de l'Inserm à l'international passe aussi par des laboratoires associés et par des liens entre organismes.
Il convient de pérenniser nos infrastructures de recherche (les plateformes technologiques, les nouvelles technologies), et d'être très attentifs à l'évolution des nouvelles technologies, en mettant en développant des plateformes de haute performance technologique permettant d'être compétitif au niveau international.
Nous devons également assurer la pérennisation financière et le développement des cohortes. France Cohortes se met en place.
Nous devons aussi nous ouvrir aux nouvelles approches de recherche en santé : la santé environnementale, la santé globale, l'éthique de la recherche, la science ouverte, etc. L'Inserm doit s'approprier le numérique en santé et l'innovation, nouer des partenariats avec les industriels, en particulier avec l'aide de sa filiale Inserm Transfert, et développer la recherche translationnelle et la capacité à aller du laboratoire vers le médicament et les dispositifs médicaux.
Mais on ne fait pas de bonne recherche sans chercheurs. Il est crucial d'améliorer l'attractivité des métiers de la recherche, à commencer par les chercheurs. Il faut redynamiser leur carrière, les valoriser. Il faut aussi redonner du temps universitaire aux hospitalo-universitaires. Je rappelle que 40 % des unités de l'Inserm sont dirigées par des hospitalo-universitaires, mais si le temps universitaire de recherche disparaît, il n'y aura pas de recherche de qualité. La communication entre les chercheurs et la direction de l'Inserm doit être améliorée. Nous devons attirer des jeunes vers les métiers de la recherche, via l'école de l'Inserm bien sûr, mais aussi en développant les MD/PhD dans les facultés de médecine, en donnant le goût de la recherche dans les enseignements, en renforçant l'année consacrée à la recherche des internes. Nous devons réfléchir à réactiver des programmes de postes d'accueil Inserm, à multiplier les contrats d'interface pour les médecins. Le programme Atip-Avenir doit être développé. Enfin, il faut aussi que nous redevenions compétitifs pour attirer et garder des chercheurs de niveau mondial, en proposant des salaires attractifs ou des wellcome packages (forfait de bienvenue) qui permettent de travailler dans un environnement de qualité à un niveau compétitif.
En conclusion, je souhaite renforcer la position de l'Inserm comme pilote et organisateur de la recherche en santé en France, et comme acteur majeur de la politique de site avec les universités, les CHU et avec les autres organismes de recherche.
Quel état des lieux faites-vous de la recherche biomédicale française ? Partagez-vous le constat dressé, dans un récent rapport, par le nouveau président de l'Académie des sciences, M. Alain Fischer, qui parle d'« un état préoccupant », de nombreux indicateurs montrant que la France perd du terrain sur la scène internationale. Quelles sont, selon vous, les mesures à prendre pour enrayer ce décrochage ?
Lors de nos travaux de contrôle pendant la crise de la covid, avec mes collègues Pierre Ouzoulias et Stéphane Piednoir, nous avions pointé le manque de stratégie nationale en recherche biomédicale et un déficit de gouvernance. Le rapport de la Cour des comptes, publié lundi 23 janvier, déplore ces mêmes carences. Êtes-vous d'accord avec ce diagnostic ? L'Inserm pourrait-il, ou doit-il, avoir un rôle de pilotage en matière de recherche biomédicale ? Vous avez davantage parlé d'innovation que de recherche fondamentale. Pourriez-vous développer ?
La crise sanitaire a aussi révélé des tensions entre les CHU et l'Inserm, celui-ci ayant pris des initiatives nationales sur les essais thérapeutiques, les grandes cohortes, etc. Comment comptez-vous améliorer la collaboration entre l'Inserm et le secteur hospitalier ? Quid aussi des associations de patients ?
Comment abordez-vous la question des relations entre les organismes de recherche et les universités, qui constitue un sujet important à l'agenda de la ministre ? La gestion des UMR doit-elle, selon vous, évoluer ?
En ce qui concerne l'état de la recherche biomédicale en France, vous avez noté que nous dressons, avec Alain Fischer, des constats assez proches. On a assisté à un désinvestissement dans le domaine de la recherche en biologie-santé pendant une quinzaine d'années. La loi de programmation de la recherche pour les années 2021-2030 marque une nouvelle impulsion. J'étais d'ailleurs favorable à réduire l'horizon de 10 à 7 ans, afin de rattraper le retard plus vite. L'effort prévu n'est pas suffisant, même si ce texte traduit un réenclenchement de la marche en avant attendu depuis bien longtemps dans ce domaine. Le financement de l'Inserm augmentera pour la première fois. Son budget a stagné pendant dix ans, ce qui signifie en fait qu'il a diminué en termes réels, et cela s'est traduit dans les unités de recherche par une baisse du nombre d'ingénieurs et de techniciens. On a fait reposer davantage la recherche sur les doctorants et on a beaucoup moins de techniciens et d'ingénieurs.
J'ai été membre d'une commission scientifique spécialisée pendant cinq ans à l'Inserm. J'ai été choqué de constater que nous recrutions des jeunes, qui avaient déjà une trentaine d'années, qui avaient fait une thèse de doctorat, un « post-doc », travaillé souvent plusieurs années à l'étranger, qui avaient déjà à leur crédit plusieurs publications scientifiques importantes, etc., par le biais de concours très sélectifs, puisque il y a souvent dix candidats pour un poste, à des salaires pas tout à fait au niveau des attentes... Il ne faut pas s'étonner dans ces conditions que les meilleurs partent. Il est essentiel de revaloriser les carrières, et de réinvestir, car nous avons décroché par rapport à nos voisins comme l'Allemagne, la Grande-Bretagne, et même l'Espagne ou Italie. Nous sommes encore compétitifs, mais il est temps de réenclencher la marche en avant.
Pour la première fois, nous disposons de chaires de professeur junior. L'Inserm en a une petite dizaine. Nous pourrons recruter aussi 180 équivalents temps plein (ETP) en cinq ans, ce n'est pas beaucoup, mais il s'agit d'un progrès. J'espère pouvoir convaincre le Gouvernement d'amplifier cet effort.
Le plan Innovation Santé 2030, annoncé par le Président de la République, ne concerne certes pas la recherche pure en tant que telle, mais il met l'accent sur l'innovation, et voilà longtemps qu'on attendait cela.
Quant au manque de stratégie nationale, au déficit de gouvernance pendant la crise de la covid...
Je ne voulais absolument pas incriminer l'Inserm ni votre prédécesseur !
il est vrai sans doute que nous aurions pu faire mieux, mais il faut reconnaître que nous n'étions pas prêts à affronter une pandémie de ce type, ni sur le plan de la recherche, ni sur le plan organisationnel. Nous avons raté le virage des technologies à ARN messager et nous n'avons pas été en mesure de concevoir des vaccins de ce type, mais on a aussi mis du temps à concevoir des vaccins classiques. Nous avons eu des retards à tous les niveaux : pour le séquençage du virus, la mise en place des tests, etc. Si je suis nommé président, je souhaite que l'Inserm soit en première ligne en matière de lutte sanitaire. C'est aussi le rôle de l'ANRS Maladies infectieuses émergentes d'être réactive, d'agir sur le plan de la prévention et d'élaborer une stratégie de réponse en cas de crise sanitaire.
La recherche fondamentale est très importante. On ne peut pas lutter contre la covid si nous ne sommes pas capables de séquencer le virus. Il est difficile de développer des traitements ciblés si l'on ne sait pas comment le virus rentre dans les cellules, ni comment la protéine Spike interagit avec les récepteurs cellulaires. De même, il est difficile de fabriquer des vaccins à ARN messager si l'on n'a pas travaillé pendant des années en amont sur les technologies ARN, ni appris à couper l'ADN et à l'incorporer dans des couches de nanolipides. Ce n'est pas parce que je suis un clinicien que je ne crois pas à la recherche fondamentale.
Vous avez aussi évoqué des tensions entre les CHU et l'Inserm. Je pense que le choix de proposer la candidature à la présidence de l'Inserm d'un hospitalo-universitaire, qui a essayé, au CNCR, de rapprocher les CHU, les universités, l'Inserm, etc., est aussi un signe. Si chacun continue à mener sa stratégie de son côté, cela ne peut pas fonctionner. J'ai toujours cherché à fédérer dans toutes mes actions, et je continuerai à le faire si je suis nommé, avec l'espoir de faire avancer les dossiers dans le bon sens et ensemble.
J'ai oublié, en effet - erreur de ma part -, d'évoquer les associations de patients. J'ai travaillé pendant 10 ans à l'Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales, avant la création de l'ANRS Maladies infectieuses émergentes. J'ai constaté que les associations de patients participaient activement aux décisions sur la mise en place des protocoles de recherche, formulaient toujours des propositions sur les protocoles de soins, la protection des patients, l'éthique de la recherche, etc.
La question des relations entre les UMR et les universités figure dans la lettre de mission du professeur Gillet. Beaucoup a déjà été fait. Je pense par exemple aux programmes d'investissements d'avenir (PIA) : la création des instituts hospitalo-universitaires et la mise en place de plans de recherches hospitalo-universitaires en santé (RHU) ont rapproché l'Inserm et le CNRS des universités. Les plans quinquennaux sont aussi maintenant conçus en cotutelle avec les universités. Le rôle de ces dernières au niveau local s'est renforcé, certaines ont un niveau très élevé en recherche et ont la volonté de s'impliquer dans la politique de site. Nous devons travailler ensemble, avec les universités et avec les hôpitaux, pour construire un triangle efficace.
Monsieur Samuel, j'examine votre candidature avec une immense bienveillance, compte tenu de votre profil et de votre parcours exceptionnel, mais je m'interroge sur ses conditions d'examen. J'aurais en effet voulu savoir pourquoi M. Bloch, candidat à sa propre succession, n'est pas devant nous aujourd'hui et pourquoi il aurait failli.
Lui reproche-t-on d'avoir dénoncé publiquement les difficultés de l'Inserm ? Si c'est le cas, notons que, tout comme nous, vous les déplorez également. Du reste, le Sénat, après avoir longuement étudié cette question, en a conclu que c'était non pas M. Bloch, mais l'incurie des gouvernements successifs et leur incapacité à définir une vraie politique de la recherche en santé qui avaient conduit à cette situation.
Pour quelles raisons M. Bloch aurait-il été dans l'incapacité de défendre le programme que vous venez de nous présenter ? Il semblerait, d'après ce que j'ai compris, que son projet soit similaire au vôtre : donner plus de moyens de l'Inserm et en renforcer le rôle, augmenter le nombre de CDI, etc.
Je n'ignore pas la lettre de l'article 13 de la Constitution et celle de la loi organique, qui disposent que le Président de la République désigne un candidat avant que le Parlement ne se prononce, mais peut-être aurions-nous pu organiser un débat contradictoire qui nous aurait permis de comprendre la différence entre vos deux programmes.
Dans notre pays, la recherche en santé se caractérise par une organisation en millefeuille. Il aurait été de bonne politique de réfléchir à une évolution de cette structuration, d'en tirer des stratégies publiques claires et de trouver le candidat approprié pour mettre en oeuvre ces politiques.
Je suis aujourd'hui très embarrassé pour émettre un avis sur votre candidature.
Vous avez déjà évoqué le silence de l'Inserm durant la pandémie. Il faut reconnaître que toute la responsabilité n'en incombe pas à cet organisme, puisqu'il a été écarté par le Président de la République au travers de la mise en place d'un comité scientifique. Quoi qu'il en soit, il est primordial que l'Inserm puisse désormais exercer ses missions de conseil du Gouvernement, d'aiguillon de la recherche et d'information du public. Il s'agit d'un préalable essentiel.
La ministre de l'enseignement supérieur a clairement fait part de son souhait de redéfinir les relations entre l'Inserm, le CNRS et les universités ; l'Inserm, comme le CNRS, pourrait perdre son rôle d'opérateur et d'acteur stratégique de la recherche pour devenir, dans un premier temps, une agence de gestion des personnels et des ressources. À terme, les budgets de la recherche pourraient donc être confiés à l'Agence nationale de la recherche, et les salariés de l'Inserm devenir un vivier d'enseignants fort utile pour les universités, auxquelles ils seraient rattachés. Est-ce ainsi que vous envisagez les choses ? Quelles sont, selon vous, les perspectives de l'Inserm et comment évolueront ses relations avec les universités ?
Permettez-moi tout d'abord, monsieur Samuel, de vous saluer pour l'ensemble de votre carrière et les compétences non négligeables dont vous disposez pour exercer la fonction que vous convoitez.
Sur le fond, plusieurs questions se posent.
Êtes-vous favorable à une hausse du nombre de postes attribués au titre des chaires de professeur junior (CPJ) ? Combien de postes serait-il nécessaire de créer au sein de l'Inserm via cette procédure ?
Vous avez évoqué le rôle que joue l'Inserm en matière d'alerte à la fois auprès de la communauté scientifique et du grand public. Que pensez-vous de ces éminents chercheurs qui ont pris la parole, en particulier sur les plateaux de télévision, au cours de la crise de la covid ? Considérez-vous que l'intégrité scientifique et l'obligation de réserve priment, notamment sur des sujets dont les contours sont encore mal connus - je pense aux essais thérapeutiques ?
En tant que rapporteur pour avis des crédits de la mission « Enseignement supérieur », je suis bien placé pour savoir que le partenariat entre les centres de recherche et l'université pourrait s'améliorer. Ces acteurs majeurs du monde de la recherche connaissent mal les travaux conduits par les uns et les autres : que pourrait-on faire pour remédier à cette difficulté ?
Pour terminer, je serai quelque peu impertinent : quelle est la durée exacte du mandat auquel vous postulez ?
Je vous remercie, monsieur Samuel, pour avoir exposé en détail un parcours et une expertise qui légitiment votre candidature, même si je partage les réserves émises par notre collègue Pierre Ouzoulias.
Envisagez-vous de conduire et de développer des recherches « genrées » ? Pour prendre cet exemple, la délégation sénatoriale aux droits des femmes, que je préside, a engagé une réflexion sur la santé des femmes au travail et, hélas, constaté que nous ne disposions que de très peu de données sur le sujet. Ce type d'études ne serait dans ce cas, comme dans d'autres, pas inutile.
Selon vous, dans quelle mesure le plan Innovation Santé 2030 permettra-t-il d'améliorer la situation de la santé et de la recherche en France ? Nous aurait-il aidés à mieux gérer la pandémie ?
Vous avez sous-entendu que vous souhaiteriez mettre en place une nouvelle stratégie pour pallier les dysfonctionnements enregistrés au niveau des CHU. Pourriez-vous nous fournir une cartographie de ces dysfonctionnements, site par site ?
Enfin, à mon tour d'être impertinente : vous avez émis le voeu d'attirer des chercheurs à l'échelon mondial, mais il faudrait déjà réussir à retenir ceux qui travaillent en France !
Nos questions sur la durée de votre mandat, monsieur Samuel, témoignent de l'importance que nous accordons, dans cette commission, à de telles auditions. La vôtre est d'autant plus importante que les réponses que vous apportez à nos questions vous engagent.
Ma question est simple : partagez-vous le constat de la Cour des Comptes, qui estime que l'Inserm exerce trop d'activités et qui lui recommande de se concentrer sur ses domaines d'excellence ? Feriez-vous vôtres ces recommandations et quelles seraient vos priorités à la tête de l'Inserm ?
Je rejoins mes collègues sur le contexte particulier qui a conduit à examiner votre candidature aujourd'hui.
On observe aujourd'hui une hyperconcentration de la recherche hospitalière, ainsi qu'une concentration des moyens consacrés à l'innovation sur l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Êtes-vous favorable à une meilleure territorialisation de la recherche dans notre pays ? Est-ce un sujet de préoccupation pour vous ?
Durant la pandémie, nous avons rencontré d'immenses difficultés pour créer une cohorte de suivi digne de ce nom au niveau national. L'Inserm a un véritable travail à conduire à cet égard : selon vous, comment pourrait-on améliorer les choses et empêcher que seuls les principaux CHU soient en mesure de mettre en place des cohortes exploitables ?
Chacun sait que l'Inserm comporte une dimension européenne, puisqu'il coordonne une partie des travaux menés dans le cadre du consortium EU Response (European Research and Preparedness Network for Pandemics and Emerging Infectious Diseases) : où en est l'Institut de sa réflexion sur la nécessité d'organiser et de restructurer le secteur de la recherche au niveau européen ?
Enfin, en tant que futur ancien président de la conférence des doyens des facultés de médecine, monsieur Samuel, j'aimerais savoir si vous comptez laisser une feuille de route à votre successeur.
Vous avez insisté dans votre présentation liminaire sur la nécessité de définir des axes stratégiques sur un plan national : qui doit fixer ce cap selon vous ? Est-ce au ministère ou aux principaux organismes de recherche de le faire ?
La durée du mandat d'un président de l'Inserm est de quatre ans : j'espère bien exercer cette fonction le plus longtemps possible, même si je ne maîtrise évidemment pas l'ensemble des paramètres. Je compte faire le maximum dans le temps qui me sera imparti.
Concernant les conditions de ma candidature, je tiens à préciser que j'entretiens de bons rapports avec Gilles Bloch, et que je ne me suis pas présenté contre lui, mais parce que j'ai une vision de l'Inserm différente de la sienne, un profil différent du sien, qui m'a notamment permis de m'investir longtemps dans le monde hospitalier, ce qui me semble constituer un atout si vous acceptiez de me confier la présidence de l'Inserm.
Je ne sais pas si le programme que je viens de vous présenter est différent de celui qu'il aurait détaillé si vous l'aviez reçu, mais je tiens à dire que j'ai été désigné à l'issue d'une compétition qui, je l'espère, a été saine. Un jury international a entendu les différents candidats à ce poste avant de proposer deux noms, celui de Gilles Bloch et le mien, noms qu'il a ultérieurement soumis aux ministres de tutelle. Ceux-ci nous ont auditionnés avant que la Première ministre et le Président de la République ne fassent leur choix.
Monsieur Chantrel, je regrette tout comme vous que l'Inserm ait été écarté au cours de la pandémie : il aurait effectivement dû être au premier plan de la lutte contre la covid-19.
S'agissant du positionnement de l'Inserm au sein du monde de la recherche, permettez-moi de m'exprimer franchement : je ne compte pas déconstruire l'Inserm. J'ai créé puis dirigé une unité de l'Institut pendant dix-sept ans, travaillé dans différentes commissions au sein de cet organisme. Je crois à la force de l'Inserm - il ne doit y avoir aucune ambiguïté à ce sujet - et je ne veux absolument pas qu'il devienne une agence gestionnaire de moyens. L'Inserm doit rester un opérateur pilote et développer une stratégie nationale.
J'ai l'habitude de m'exprimer avec franchise : j'ai clairement dit qu'il existait un sous-investissement dans le domaine de la recherche et que je regrettais à la fois ce qu'il faut bien appeler une dévalorisation des chercheurs et le fait que les CHU n'avaient plus le temps de se consacrer à la recherche. Je le répéterai à mes autorités de tutelle, si vous me désignez pour exercer cette présidence, et entend bien agir pour pallier ces difficultés.
Plusieurs d'entre vous m'ont interrogé sur les relations entre les organismes nationaux de recherche (ONR) et les universités, ainsi que sur la territorialisation de la politique à mener.
Je suis actuellement doyen de la faculté de médecine Paris-Saclay, pôle universitaire auquel j'ai cru et que j'ai soutenu dès l'origine, considérant que le rapprochement entre l'université Paris-Sud et, d'une part, les grandes écoles et les différents ONR, d'autre part, les différentes composantes de l'université et les autres universités, était une force.
Aujourd'hui, Paris-Saclay a mis en place une quinzaine de graduate schools, dont quatre concernent la faculté de médecine que je dirige, ce qui a largement contribué au développement de la recherche transdisciplinaire : on observe ainsi un rapprochement entre la médecine et certaines disciplines comme les mathématiques, l'intelligence artificielle, la biostatistique ou la bioinformatique ; il n'est pas rare aujourd'hui de voir des mathématiciens ou des ingénieurs - issus de l'Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria) ou de Supelec par exemple - proposer leurs projets à des chercheurs en médecine. L'avenir de la recherche s'inscrit dans ce partenariat entre acteurs, ONR, universités et hôpitaux.
Les universités, quelles que soient leurs forces, ont tendance à protéger et à privilégier le développement de leur site, et manquent d'une vision nationale. Or il est important que notre pays bénéficie d'une stratégie globale. Il est également primordial que nous soyons capables d'analyser les forces et les faiblesses de chaque site - je me déplacerai sur le terrain pour mener cette étude.
S'agissant de la prépondérance de l'AP-HP et de l'Île-de-France dans le domaine hospitalier, permettez-moi de vous faire remarquer que les capacités en recherche des établissements franciliens sont certes les plus importantes, mais qu'il existe d'autres CHU d'une taille loin d'être modeste sur le reste du territoire. Il faudra certainement encourager le travail en réseau de l'ensemble des établissements pour aboutir à une recherche de meilleure qualité. Une partie de ma mission pourrait consister à conseiller les dirigeants des différents CHU sur les stratégies à suivre.
Sur un plan national, il convient de définir des axes stratégiques clairs et de continuer à renforcer nos domaines d'excellence. Pour autant, il nous faut être capable de détecter les forces émergentes et novatrices et les aider à mener à bien leurs projets.
M. Piednoir m'a interrogé sur le volume de CPJ dont il serait souhaitable que l'Inserm dispose. Je considère que les dix postes qui lui sont attribués aujourd'hui ne suffisent pas ; en outre, l'Institut devrait davantage se coordonner avec les universités, car il arrive que celles-ci le concurrencent pour certains postes. J'ai soutenu la mise en place de ces chaires, véritable interface entre les deux univers que sont l'université et le monde de la recherche, car elles créent de l'emploi et entraînent une hausse du nombre des chercheurs en France.
Plusieurs questions ont porté sur la communication que l'on devrait mettre en place vis-à-vis du grand public.
Lors de la pandémie, l'hypermédiatisation des questions de santé a conduit au dérapage de scientifiques pourtant très brillants. J'ai d'ailleurs coutume de dire que la crise de la covid-19 a rendu fous certains chercheurs. Ce n'est certes pas un phénomène inédit, puisque ce fut aussi le cas il y a quelques années lors de la découverte du VIH, mais de tels dérapages sont inacceptables : il ne faudrait pas que la soif de pouvoir se substitue à la rigueur scientifique.
Nous devons nous aussi améliorer la communication envers le public, car certaines personnes croient à des thèses particulières sur les vaccins. Cela me rappelle les années 1990 : le vaccin contre l'hépatite B était accusé de transmettre la sclérose en plaques. Certes, ceux-ci entraînent parfois des effets secondaires, mais il convient d'évaluer la balance entre les bénéfices et les risques. Les réseaux sociaux ne nous facilitent pas les choses : nous devons respecter notre intégrité scientifique pour répondre à ce phénomène.
La recherche genrée est un point très important. Nous devons étudier l'impact de l'environnement sur la santé des Français. Les femmes sont ainsi plus exposées aux risques cardiovasculaires et aux infarctus du myocarde. Je veillerai à ce que l'Inserm travaille sur cette question.
Lorsque le Président de la République a lancé le plan Innovation Santé 2030, j'imagine qu'il avait en tête le modèle de la Biomedical Advanced Research and Development Authority (Barda) américaine. Or les moyens dont dispose la France sont moins importants que ceux des États-Unis : M. Bancel a obtenu plus de 500 millions d'euros en une journée pour accélérer le développement du vaccin Moderna. C'est pourquoi une réflexion s'impose au niveau européen. Réfléchissons à la prévention des maladies émergentes et soyons capables de mobiliser : c'est le rôle du président de l'Inserm de stimuler les gouvernants.
Il est possible d'établir une cartographie site par site pour les CHU. Travaillons avec eux pour les aider à définir une stratégie. Leur taille est variable et chacun ne pourra pas tout faire. Les projets qui seront auditionnés la semaine prochaine au titre des IHU sont de grande qualité. Tous ne dépendent pas de l'AP-HP.
Comment attirer et conserver des chercheurs au niveau mondial ? Bien sûr, on ne peut que regretter le départ de Mme Charpentier ou de M. Bancel. Nous devons garder nos chercheurs, valoriser leur carrière et leur offrir de bonnes conditions de travail. Nous devons améliorer les rémunérations, mais nous ne pourrons pas toujours être compétitifs.
Il n'est pas facile de construire des cohortes. Le programme d'investissements d'avenir (PIA) en a créé certaines, mais nous aurions dû nous montrer plus réactifs pour former une cohorte de lutte contre la covid-19. Il faut du temps pour qu'une cohorte soit efficace - entre 10 et 20 ans.
Les essais Discovery ont été créés ex abrupto ; nous avons affronté de nombreux obstacles. Il n'est pas facile d'organiser des essais européens académiques et multicentriques. La coordination entre les États européens est difficile ; les industriels s'en sortent mieux.
Si vous m'accordez votre confiance, j'abandonnerai mes fonctions de président de la conférence des doyens.
Je vous remercie.
Ce point de l'ordre du jour a fait l'objet d'une captation vidéo, disponible en ligne sur le site du Sénat.
Nous avons achevé l'audition de M. Didier Samuel, candidat proposé par le Président de la République pour exercer les fonctions de président de l'Inserm.
Nous allons maintenant procéder au vote sur cette proposition de nomination.
Le vote se déroulera à bulletins secrets, comme le prévoit l'article 19 bis de notre Règlement. En application de l'article 1er de l'ordonnance n° 58-1066 du 7 novembre 1958 portant loi organique autorisant exceptionnellement les parlementaires à déléguer leur droit de vote, les délégations de vote ne sont pas autorisées.
Le dépouillement aura lieu à 12 heures 15, de manière simultanée avec l'Assemblée nationale.
Je vous rappelle que le Président de la République ne pourrait procéder à cette nomination si l'addition des votes négatifs des commissions de l'Assemblée nationale et du Sénat représentait au moins trois cinquièmes des suffrages exprimés dans les deux commissions.
Il est procédé au vote.
La commission procède au dépouillement du scrutin sur la proposition de nomination, par le Président de la République, de M. Didier Samuel aux fonctions de président de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale, simultanément à celui de la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale.
Voici le résultat du scrutin, qui sera agrégé à celui de la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale :
Nombre de votants : 16
Bulletins blancs : 0
Bulletins nuls : 0
Suffrages exprimés : 16
Pour : 2
Contre : 14
La commission donne un avis défavorable à la proposition de nomination, par le Président de la République, de M. Didier Samuel aux fonctions de président de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale.
La réunion est close à 12 h 30.